Architecture

Une maison, plusieurs familles

20 Juin 2024

Une maison « partagée », ce n’est pas seulement une villa que l’on a divisé en plusieurs appartements pour accueillir différentes familles. C’est un lieu de vie communautaire, où l’on a diminué les surfaces privatives, pour proposer de généreux espaces permettant à plusieurs foyers d’échanger et de vivre ensemble. Si le principe tend à se développer dans les grands ensembles de logements organisés en coopératives, il séduit encore peu à l’échelle de la villa multifamiliale. À suivre néanmoins trois maisons où les habitants ont choisi de vivre autrement. 

 

 

Projet n°1: cohabiter dans une ancienne grange

Architectes: Arthur de Buren et Charles Capré

 

Une ancienne grange située dans le village de Denens, sur les hauteurs de Morges, prête dorénavant son volume à une nouvelle manière d’habiter, peu courante, encore moins en milieu rural de Suisse romande. Six unités d’habitation d’une à trois pièces et de généreux espaces partagés s’étirent sur quatre niveaux en un cluster vertical.

 

© Nora Rupp. Parution CB3/2024

Au rez-de-chaussée inférieur, un généreux espace partagé se déploie en double hauteur côté jardin.

 

© Nora Rupp. Parution CB3/2024

Une large cuisine partagée, lieu d’échanges et de rencontres à l’entrée du rez-de-chaussée supérieur, communique en balcon avec l’espace du bas.

 

© Nora Rupp. Parution CB3/2024

A l’étage, un grand salon commun traversant, lié à une mezzanine, est orienté dans l’autre sens que les deux niveaux inférieurs, ce qui offre une appréhension totale de la largeur et de la profondeur à l’intérieur. Toutes les qualités du volume et de la splendide charpente existante se voient ainsi valorisées.

 

Les architectes Arthur de Buren et Charles Capré, de la Coopérative d’architecture C/O, ont proposé une intervention qui permet d’optimiser les surfaces, tout en générant convivialité et partage. Le porche de la grange, orienté en direction du jardin, donne la direction de la structure centrale, tout autant spatiale que constructive ou sociale. Les espaces privatifs s’égrènent autour des espaces communs, générés par cette percée centrale. Ce dispositif permet d’amener la lumière dans la profondeur du volume, tout en offrant facilement la perception de l’ensemble des communs.

 

Par ailleurs, une attention particulière a été accordée à l’impact écologique de cette transformation. Au rez-de-chaussée inférieur, des murs façonnés de briques en terre cuite réutilisées in situ et de briques en terre crue, fabriquées sur place avec la matière excavée du chantier, renforcent l’idée d’un sol minéral qui vient à la rencontre du bois.

 

Un maximum d’éléments sont issus du réemploi, comme notamment les poutres, les dalles, les planchers, les sanitaires, ou encore la majorité des menuiseries de la cuisine. Le résidu de matière issu des nouvelles ouvertures dans les murs en moellons a été réemployé sur place pour construire des murs de protection autour du jardin.

 

Une architecture engagée qui insuffle des valeurs de solidarité, de durabilité autant sociale qu’écologique, qui crée du lien et qui préserve les ressources naturelles : tous les ingrédients sont réunis ici pour porter des idéaux et vivre ensemble autrement.

 

 


 

Projet n°2: Réunir une fratrie de trois enfants

Architectes: Madeleine Architectes

 

À Villy, l’intention de construire sur le terrain familial pour une fratrie de trois enfants s’est transformée en tremplin pour une formidable opportunité de réunir une famille autour d’un espace communautaire. L’ancienne maison des parents datant des années 1960 est devenue le pivot central de trois nouvelles unités d’habitation qui s’égrènent autour.

 

©Séverin Malaud. Parution CB4/2024.

La bâtisse existante devient le cœur du projet et protège dorénavant tous les espaces communs fermés non chauffés. L'étage se voit dédié à une généreuse pièce communautaire tel un salon annexe. Une nouvelle toiture, dont l’un des deux pans est réalisé en polycarbonate, laisse entrer un maximum de lumière à l’étage, totalement évidé.

 

©Séverin Malaud. Parution CB4/2024.

Un escalier ainsi qu’une passerelle permettent d’accéder directement depuis l’extérieur au salon annexe partagé.

 

©Séverin Malaud. Parution CB4/2024.

La passerelle qui permet d'accéder au salon commun.

 

©Séverin Malaud. Parution CB4/2024.

Les trois nouveaux volumes accueillent chacun un logement pour l’un des deux frères ou la soeur. Deux espaces extérieurs couverts partagés font écho à l’espace commun de l’étage et offrent d’autres opportunités de rencontre entre foyers. L’un en double hauteur marque l’entrée principale ; l’autre sert de terrasse couverte commune.

 

Le projet de Madeleine Architectes rebondit sur la démarche collective des membres de la fratrie qui souhaitaient tous habiter le terrain familial hérité. Tandis que les trois nouveaux volumes accueillent chacun un logement pour l’un des deux frères ou la sœur, la bâtisse existante devient le cœur du projet et protège dorénavant tous les espaces communs fermés non chauffés. Un escalier ainsi qu’une passerelle permettent également d’accéder directement au salon commun de la maison existante depuis l’extérieur. Tout un jeu de parcours diversifiés se met alors en place.

 

Les espaces de services qui occupent le rez-de-chaussée (buanderie, local technique, caves) sont desservis par l’extérieur via une « rue » à ciel ouvert, générée par l’interstice laissé entre les unités et le pourtour de l’ancienne maison parentale. Cette zone de circulation extérieure permet également de créer un seuil pour chaque entrée individuelle.

 

Chaque unité contient actuellement à l’étage trois chambres et une salle de bain. Les plans sont cependant pensés pour pouvoir affecter une pièce à un autre logement en cas d’évolution des foyers.

 

Si les espaces en commun sont valorisés, la privacité de chacun est pour autant préservée. Les séjours des logements s’ouvrent sur l’extérieur, et non vers le centre, chacun possédant une terrasse privée protégée des regards par des bosquets de vivaces. Aucun espace individuel n’est tourné vers l’intérieur. Un lieu à la fois fédérateur et respectueux de l’intimité de chaque foyer.

 

 


 

 

Projet n°3: Métisser humain et architecture

Architectes: Dreier Frenzel architecture + communication

 

Une bâtisse de 1954 a renoué avec son passé et abrite à nouveau plusieurs foyers: deux appartements principaux superposés et un studio indépendant dans les combles. Chaque appartement possède sa propre entrée indépendante et son caractère même si l’on partage ici plusieurs espaces en commun.

 

© Yves André. Parution CB4/2024

Une généreuse bibliothèque partagée relie verticalement les logements et le sous-sol en commun (buanderie, caves, atelier sport et bricolages), tout en servant d’entrée indépendante au studio.

 

© Yves André. Parution CB4/2024

A l’ouest, une extension légère en ossature métallique, de type « jardin d’hiver », accueille les espaces de jour des deux logements du rez-de-chaussée et de l’étage.

 

© Yves André. Parution CB4/2024

A l’est, un nouveau volume en bois abrite les entrées des deux appartements principaux.

 

© Yves André. Parution CB4/2024

A l'étage, dans un appartement, une zone en double hauteur privilégie des vues particulières sur le magnifique cèdre de l’Himalaya, qui s’immerge visuellement à l’intérieur.

 

Le métissage, entre l’ancien et le nouveau, l’intérieur et l’extérieur, le privatif et le commun, teinte cette transformation d’une certaine poésie, de perméabilités multiples – sociales, spatiales, architecturales – et d’une unité remarquable. Une généreuse bibliothèque partagée relie verticalement les logements et le sous-sol en commun (buanderie, caves, atelier sport et bricolages), tout en servant d’entrée indépendante au studio.

 

Les extensions viennent s’ajouter au volume existant sans en modifier l’essence. C’est ainsi que l’ancien crépi extérieur se retrouve au sein même des nouveaux espaces de vie et qu’on y lit notamment les anciennes ouvertures ou leurs empreintes. Plusieurs traces discrètes de l’ancien, sur les murs par exemple, sont laissées consciemment visibles. Inversement, plusieurs éléments nouveaux sont disséminés dans la maison existante, tels que barreaudages zingués, fenêtres en chêne, sols en chape poncé avec carrelages incrustés.

 

Chaque appartement possédant sa propre entrée indépendante et son propre caractère, la privacité de chaque logement se voit soigneusement préservée. Pour autant, il s’agit d’un projet de grande maison dans laquelle on « vit ensemble », on s’entend, on se devine, on partage plusieurs espaces.

 



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