Design

Le bois high-tech, un matériau au potentiel inattendu

27 Jan 2022

Translucide, liquide, composite… Voici le bois comme on ne l’a jamais vu! Le plus traditionnel des matériaux n’a pas fini de se réinventer. Et la nouvelle génération de bois haute performance offre des possibilités surprenantes au monde du design. 

 

À l’heure de l’éco-conscience, c’est la renaissance qu’il faut fêter. En effet, ce matériau naturel aiguise la curiosité des scientifiques et des designers. Pistes de réflexion inédites et développements techniques se multiplient pour lui permettre de nouveaux usages.

 

Si d’un côté, on redécouvre les savoir-faire artisanaux de la belle manufacture, de l’autre, on invente de nouveaux procédés pour apprivoiser cette matière. Augmenté par des innovations high-tech, le bois sort gagnant en termes de plasticité. Il offre aujourd’hui une extraordinaire pluralité de langages. Voici quelques développements révolutionnaires.

 

Les panneaux de placage en bois reconstitué

 

Pour construire des parquets, des plans de travail, des meubles, on utilise massivement aujourd’hui du stratifié et du mélaminé. Le stratifié et le mélaminé sont réalisés à l’aide d’un panneau en aggloméré (fait de fragments de bois collés entre eux), sur lequel a été ajouté une ou plusieurs couches de papier décor imprégné de résine chimique.

 

Les panneaux de placage en bois reconstitué se présentent, eux, comme une alternative au stratifié et au mélaminé. Cette technique utilise du bois véritable en guise de couche décorative. Les feuilles prélevées sur le tronc sont massicotées puis teintées dans la masse, séchées, encollées et enfin pressées selon un procédé hautement technologique. On obtient ainsi une feuille de bois reconstitué (placage) que l’on colle ensuite sur un panneau.

 

Mis au point en 1961 par Alpi (produit Alpilignum), les panneaux de placage en bois reconstitué permettent de reproduire le grain du bois naturel sans en avoir les petits défauts (nœuds, différence de couleurs, etc.). Ils autorisent aussi des effets chromatiques inédits. Du reste, depuis 1980, de prestigieux designers ont collaboré avec Alpi comme Ettore Sottsass.

 

Cuisine Archetipo du fabricant Ottocento. Elle est habillée de panneaux de placage en bois reconstitué, dessinés par Ettore Sottsass (panneaux gris et noir).

 

Gros-plan sur les panneaux de placage en bois reconstitué, dessinés par Ettore Sottsass.

 

 

Le bois polymère biosourcé

 

Aussi surprenant que cela paraisse, aujourd’hui, le bois existe à l’état liquide. Il prend alors le nom de bois polymère. Il se compose principalement de fibres de cellulose et de lignine extraites des bûches et du papier. On y ajoute enfin quelques additifs biosourcés. Le tout pour obtenir un matériau qui puisse être injecté dans un moule comme n’importe quel plastique.

 

En 1996, l’invention du premier bois liquide, l’Arboform (société Tecnaro) avait ainsi été largement médiatisée. Malgré le développement de quelques produits par de grandes marques comme Gucci (pour des chaussures et des lunettes) ou Shred (pour des casques à vélo), ce bois liquide biosourcé a trouvé encore peu d’applications.

 

Cependant, d’autres chercheurs se sont lancés plus récemment dans l’aventure de transformer du bois en bioplastique. Avec comme plus-value un effet de transparence.

 

Citons par exemple l’équipe de Yuan Yao et Liangbing Hu de l’Université du Maryland.(CMI). Ils ont annoncé en 2021 la création d’un plastique à base de poudre de bois dans lequel a été ajouté un solvant eutectique profond (DES) biodégradable et recyclable.

 

©CMI

Bioplastique de bois, créé par Yuan Yao et Liangbing Hu.

 

Le bois composite recyclé

 

Le bois composite sert à réaliser des lames de terrasses et d’autres objets quotidiens.  Il se compose d’un mélange de bûches broyées et de plastiques pétroliers. S’il présente l’avantage de trouver une utilisation au déchets du bois, sa forte contenance en plastique issu directement de produits pétroliers (virgin plastic) ne rend pas ce matériau écologique.

 

Néanmoins, il en existe plusieurs variantes qui utilisent uniquement du plastique recyclé. Si ces variantes ne sont pas bio-sourcées, elles présentent moins d’impact sur l’environnement.

 

La chaise Odger, dessinée par le studio Form Us With Love pour Ikea, est par exemple composée à 70% de polypropylène recyclé et à 30% de copeaux de bois.

 

Chaise Odger, design Form Us With Love, Ikea.

 

Aujourd’hui, on sait injecter facilement le bois composite liquide. Et il est même possible de l’imprimer en 3D! Preuve en est: la collection de vaisselle en bois Vine dessinée par le designer suisse Yves Béhar pour Forust.

 

Comme pour n’importe quel type d’impression 3D, le designer a eu recours à une imprimante déposant couche par couche du matériau liquide prêt à durcir. Sa série de bols et de plats Vine est imprimée sous forme de tiges cylindriques de même diamètre et ne nécessite aucune pièce de connexion ou adhésif supplémentaire. Le matériau en bois se tord et se convexe, s’étirant pour créer des courbures et des espaces vides.

 

Vase et coupe Vine, design Yves Béhar pour Forust.

 

 

Le bois translucide interactif

 

À la fois entrepreneur, architecte et biologiste, le Français Timothée Boitouzet a fondé l’entreprise Woodoo pour développer de nouveaux types de matériaux en bois. Le coeur de son projet consiste à remplacer la lignine par un polymère maison afin de rendre le bois malléable, translucide, imputrescible et résistant au feu.

 

Parmi ses recherches les plus avancées se trouve l’élaboration du bois tactile Slim, conçu pour être une alternative au verre dans les interfaces numériques. Woodoo a d’ores et déjà lancé la production industrielle de son bois augmenté chez PSI à Pont-sur-Seine et chez Duqueine à Civrieux, près de Lyon. La révolution est en marche. Dans le futur, le bois pourrait bien un jour remplacer le verre et les plastiques issus du pétrole.

 

Bois Slim, Woodoo.

 

Bois Slim, Woodoo

 



Partager cet article