Architecture

Matériaux de façades

05 Avr 2019

Crépi, métal, béton, fibre-ciment, brique, pierre naturelle, céramique, bois naturel et composite… Les matériaux de façades sont aujourd’hui très nombreux.  Pour bien choisir, des conseils techniques et de beaux exemples de maisons suisses. 

 

©Renaud Marion, parue dans EC2/2013

Ici, la chaux brun foncé accentue la puissante matérialité du volume suspendu. Elle offre des reflets changeants au gré de la lumière naturelle. Une maison dans la campagne genevoise réalisée par Antonio et Daniela Carneiro.

 

La façade constitue la couche de séparation et de filtration entre l’extérieur et l’intérieur, entre les locaux habitables et la nature, entre la sphère privée et la vie publique. Elle offre une protection contre l’hostilité du monde extérieur, s’érige en abri contre la lumière, le froid, les intempéries. C’est elle aussi qui permet de créer des relations visuelles entre la maison et l’extérieur. Car la façade est tout simplement aussi « la face » des murs extérieurs qui se regardent, l’habit qui donne son style à la maison.

 

 

Une multitude de choix

 

Avec le développement de l’isolation par l’extérieur, la façade tend de plus en plus souvent à se distinguer de l’ossature ou de la structure porteuse du bâtiment. Simple bardage, elle s’intègre dans un système d’enveloppe du bâtiment qui se compose d’une superposition de couches où chaque épaisseur remplit une fonction spécifique. Dans une façade ventilée par exemple, on trouve une structure porteuse, un isolant et un bardage. L’espace libre entre l’isolant et le bardage permet de constituer un matelas d’air. Grâce à un « effet cheminée » (tirage vers le haut de l’air chaud) s’établit une ventilation naturelle qui atténue l’amplitude thermique entre les parois extérieures et l’édifice.

 

Distincte ou non de la structure porteuse du bâtiment, la façade est constituée de matériaux qui se présentent sous forme de blocs, de panneaux, de parois moulées ou d’enduits.

 

Le métal

 

©photo parue dans EC5/2010

Une maison implantée dans un ancien vignoble en terrasses sur les hauts de Lausanne et dominant l’Arc lémanique. Réalisée par le couple d’architectes Galletti & Matter, elle arbore en façade un bardage en aluminium éloxé plissé qui vibre et paraît toujours en mouvement.

 

Longtemps limité au sertissage d’encorbellements, aux avant-toits et aux éléments constructifs de la structure porteuse, le métal est de plus en plus souvent utilisé comme parement de façade. Il est proposé sous forme de grands panneaux préfabriqués en zinc, en aluminium, en inox, et parfois en cuivre. Il permet de réaliser de grands éléments de manière économique. Son aspect visuel s’est aussi  considérablement enrichi. Sur les tôles en métal, de nombreux motifs en trois dimensions sont aujourd’hui possibles.

 

Le béton

 

© Catherine Gailloud, parue dans EC3.2017

Une maison en béton située dans un quartier résidentiel, proche du Léman et du centre-ville de La Tour-de-Peilz. Architecte Julien Fornet.

 

Le béton se compose d’un mélange de sable et de gravier auquel s’ajoute un liant, le ciment. Sa résistance au feu et aux variations climatiques est bonne, son pouvoir d’isolation thermique dépend de l’épaisseur des murs mais reste inférieur à celui du bois ou de la brique. Il est largement répandu dans les structures porteuses des bâtiments, qui peuvent être réalisées avec des blocs préfabriqués (les parpaings) ou, le plus souvent, en béton armé. Dans ce cas, le béton liquide est alors coulé à l’intérieur d’un coffrage formé de panneaux, les banches. Les emplois du béton comme revêtement de façade s’avèrent largement sous-estimés. Sa matérialité permet de multiples rendus et il n’est pas nécessaire de le cacher sous une peinture ou un crépi. On peut aujourd’hui le teinter dans la masse, le boucharder (le frapper avec un marteau), le cirer (pour obtenir une surface très lisse), le polir (en meulant sa surface pour dévoiler la composition de la matière pleine d’agrégats). Grâce au procédé chimique de «désactivation» on peut obtenir une texture très brute. Sans compter qu’avant la prise du béton, on peut jouer avec la structure des banches pour obtenir différents reliefs.

 

La fibre-ciment

 

©Catherine Gailloud, photo parue dans EC5/2017

Dans la bourgade de Rüti, à quelques encablures de Zurich, se dresse ce cube gris arrimé à un coteau autrefois planté de vignes. Imaginé par les architectes Andreas Fuhrimann et Gabriel Hächler, l’édifice en béton révèle une façade en Eternit.

 

La composition de la fibre-ciment diffère selon les fabricants. Depuis 1903, la société suisse Eternit en commercialise une formule inventée en Autriche une dizaine d’années plus tôt. Sa composition contient une large part de ciment, de l’air et de l’eau, et 7% de fibres (alcool polyvinylique et cellulose). Le matériau fini se présente sous forme de grands panneaux aux reliefs multiples qui se placent comme une seconde couche sur l’enveloppe porteuse du bâtiment. La fibre-ciment est très appréciée dans le cadre des façades ventilées, car c’est un excellent régulateur de l’air et de l’humidité intérieure de la maison. Elle s’avère aussi résistante au gel : l’air emprisonné dans la matière fonctionne en effet comme un espace d’expansion pour l’eau gelée et protège le matériau.

 

La brique

 

©Catherine Gailloud, photo parue dans EC4/2017

Sur la rive gauche de Genève, en contrebas d’un chemin privé richement boisé, cette maison présente des façades habillées de brique. Architectes Valentine et François Frey.

 

Les briques – autrement dit les blocs de terre cuite compactée – procurent à l’enveloppe du bâtiment une surface ondulée, légère. Autre avantage, leur impact écologique faible car elles ne nécessitent pas de colles ni de produits de conservation. Outre leur usage dans la fabrication de murs porteurs, les briques se prêtent parfaitement à la réalisation d’un simple habillage de façade, avec ou sans vide ventilé. Parmi les techniques de pose, la plus traditionnelle consiste à fixer les briques avec du mortier. On peut également procéder par collage sur les murs porteurs. Dans ce cas, on utilise généralement des panneaux préfabriqués constitués d’un assemblage de plusieurs briques.

 

La pierre naturelle

 

Parue dans Construction&Rénovation

Le bureau d’architecture 3BM3 a choisi d’habiller la façade ventilée de cette maison genevoise de pierre naturelle car ce matériau permet d’obtenir sur chaque dalle une surface unique.

 

Si la pierre naturelle servait autrefois à réaliser des murs porteurs, c’est presque exclusivement en façade qu’elle est aujourd’hui mise en oeuvre. On peut la poser de deux manières différentes. En mur de parement, on recourt à la méthode traditionnelle qui consiste à enduire de colle ou de mortier les murs en maçonnerie et les pierres pour pouvoir les assembler. Mais la pierre peut aussi se fixer par agrafage. Dans ce cas, on pose d’abord sur le mur porteur des pattes de fixation sur lesquelles on vient suspendre des plaques de roche. Ce système d’accrochage mécanique permet de créer une peau minérale fine, selon les mêmes principes que ceux de la façade ventilée. Selon sa finition, lisse ou brute, la pierre procurera à la façade différents aspects. Parmi les avantages de ce matériau, il faut relever sa grande solidité (surtout pour le granit) et sa résistance au gel. Autre atout qui peut s’avérer appréciable, la pierre apporte une masse thermique supplémentaire aux murs de maçonnerie.

 

La céramique

 

©JM architecture, parue dans Construction&Rénovation 2018/2019

Faisant face aux Alpes suisses, cette villa est une maison en bois préfabriquée avec une façade ventilée parée de carreaux de grès. Le choix du matériau a permis de répondre aux contraintes communales qui imposaient d’avoir un toit incliné gris. Un projet signé JM architecture.

 

Peu connue comme revêtement de façade, la céramique – ou argile cuite – présente pourtant une longue tradition en tant que matériau de construction, notamment en Espagne et au Portugal. Elle est aujourd’hui mise en oeuvre de deux manières. Premièrement, la pose collée: les plaques en céramique sont collées directement sur un système de façade compact (maçonnerie, pare-vapeur, isolation thermique). Deuxièmement, la pose rideau. Elle consiste à fixer des plaques en céramique sur des supports métalliques tout en laissant une ventilation entre l’isolation thermique et l’habillage en céramique. Le gros avantage de ce matériau est qu’il offre un grand choix de formats, de surfaces et de couleurs et ouvre un champ infini de possibilités créatives.

 

Le bois naturel

 

©Thomas Jantscher, parue dans EC1/2012

Dans un hameau agricole du val d’Entremont, cette maison d’une indéniable modernité est signée du bureau Savioz Fabrizzi. Elle est revêtue de bois pré-patiné gris clair, à l’exception notable du niveau intermédiaire tout en transparence.

 

Le bois est couramment utilisé comme revêtement de façade, que la structure porteuse soit elle aussi en bois ou constituée d’un autre matériau. Ses possibilités plastiques sont bien plus vastes que celles que l’on envisage la plupart du temps. En effet, plusieurs formes d’habillages extérieurs en bois sont disponibles :
Le bardeau (tavillon) se présente sous forme de petites plaques d’environ 15×30 cm. Les lames sont des planches étroites et longues d’environ 15 cm de large; elles créent en surface un jeu de lignes parallèles, verticales ou horizontales, voire en diagonale.
Les panneaux, proposés en dimensions d’environ 80 cm de large, permettent de donner un aspect lisse et uniforme au bâtiment.
Les panneaux ajourés sont, quant à eux, composés d’une trame de fins tasseaux entre lesquels se situe un espace libre. Ces derniers s’utilisent généralement pour leur aspect décoratif ou pour protéger des regards les grandes baies vitrées, à la manière d’un moucharabieh. À noter par ailleurs qu’il existe des bois naturels qui ne se traitent pas.

 

Le bois composite

 

©Jean-Michel Landecy, parue dans EC5/2015

Dans cette transformation, le volume du pavillon de campagne initial a été enveloppé du même matériau de bois composite que celui utilisé pour les deux extensions latérales. Un projet de Jean-Michel Landecy dans la commune de Vandoeuvres.

 

Le bois composite est un matériau composé de fibres de bois et de résines plastiques. Les pièces en bois composite sont obtenues par extrusion ou par moulage par injection, à partir de matières essentiellement recyclées : fibres de bois et résines plastiques comme le polypropylène, polyéthylène ou polychlorure de vinyle. Les proportions de fibres de bois et de résines fluctuent selon le processus de fabrication et les caractéristiques recherchées. Surtout utilisé pour créer des terrasses ou des plages de piscine, le bois composite s’avère être aussi un très bon matériau de façade. Il ne demande pas d’entretien et offre un très grand choix de couleurs.

 

Crépi, enduit et peinture

 

©Corinne Cuendet, parue dans EC5/2008

Dans cette villa de la Riviera vaudoise, le crépi ocre rouge, les embrasures en Eternit anthracite, le cadre des fenêtres en sapin teinté, les ardoises de toiture et la végétation foisonnante tissent un dialogue chromatique. Architecte: Philippe Marmillot

 

 

Le périphérique, comme on le nomme dans le jargon de la branche, autrement dit l’isolation thermique extérieure crépie, constitue aujourd’hui le système de revêtement de façade le plus répandu, en Suisse comme en Europe. Il peut être appliqué directement sur la brique, le béton, la pierre, le panneau de bois. Les façades crépies (comme celles enduites ou peintes) sont relativement peu coûteuses. Elles sont imperméables et hydrophobes. Elles sont aussi fongicides et algicides. Inconvénient : bien qu’imperméables, elles ne peuvent empêcher le phénomène naturel de la formation d’eau de condensation due à la rosée qui se forme avec la baisse des températures. L’humidité reste ainsi en permanence sur les surfaces car elle n’est pas absorbée par la façade, ce qui peut faire naître des algues et des champignons. À noter cependant que la chaux  est, elle, perméable à la vapeur d’eau et laisse respirer les murs (photo tout en haut de l’article). Il existe aussi des systèmes qui associent crépi et enduit minéral avec des propriétés hydrophiles et non hydrophobes.

 



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