Architecture

Ces écoquartiers où il fait bon vivre

09 Sep 2021

Envie de vivre en ville dans un environnement respectueux de la nature? Désir de circuler à pied et à vélo, de bénéficier d’espaces végétalisés, de tisser davantage de liens avec ses voisins? Les écoquartiers font aujourd’hui rêver bon nombre d’entre nous. Ils témoignent également de l’intérêt des communes à inscrire les concepts de durabilité et de mixité sociale au sein des pratiques de la construction. Démonstration en Suisse romande.

 

© Yves André. Parution CB3/2021

Écoquartier Ecoparc, Neuchâtel.

 

Face à la prise de conscience écologique qui a soulevé de nombreuses interrogations quant à la nature de l’environnement bâti, ces dernières années ont vu le développement durable prendre une place particulière dans le monde de la construction. De plus en plus de projets expérimentent de manière concrète l’intégration de pratiques visant la durabilité au centre des processus de conception. C’est dans cette dynamique qu’est née la notion de quartier durable ou d’écoquartier.

 

La densité, une condition nécessaire pour tendre vers la durabilité

 

Les pratiques de la fin du XXe siècle promouvant un étalement urbain entrent en contradiction avec les principes de durabilité. En effet, le mitage du territoire occasionné a évidemment un impact environnemental négatif, mais il engendre aussi des inégalités sociales et des coûts collectifs accrus. La ségrégation spatiale des fonctions induit quant à elle une dépendance aux réseaux d’infrastructures. Les écoquartiers constituent des pôles à l’opposé de ces pratiques d’étalement urbain.  Ils sont souvent construits sur des friches urbaines ou industrielles pour ne pas empiéter sur les zones vertes ou les terres agricoles.

 

La qualité de vie au cœur des projets 

 

Si la densité est une condition nécessaire pour un avenir durable, elle n’est pas une caractéristique suffisante. Les écoquartiers présentent ainsi bien d’autres avantages. Ils intègrent en effet comme principes:

 

  • la responsabilité environnementale: afin d’obtenir une haute qualité environnementale, généralement définie par des labels du type Minergie, les écoquartiers affichent des objectifs de réduction de l’empreinte écologique et d’utilisation rationnelle de ressources dans la construction et l’exploitation. Ils encouragent par ailleurs la biodiversité.

 

  • la proximité des services: les écoquartiers rassemblent l’ensemble des fonctions et services nécessaires à la vie en ville afin de contenter les habitants qui apprécient de tout avoir à proximité, retrouvant ainsi une échelle villageoise.  

 

  • la gestion des déplacements: les écoquartiers favorisent la mobilité douce et l’utilisation de transports en commun.

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  • le développement du lien social: la création d’espaces partagés prend une place primordiale au sein de la conception des quartiers durables qui sont orientés vers  la convivialité.

 

  • la participation citoyenne: les écoquartiers placent la concertation au cœur du processus de construction. Dès la conception, ils visent à inclure tous les acteurs-clés. Une fois le projet terminé, cette approche incite les habitants à s’impliquer dans la gestion quotidienne du quartier. Si les communes sont souvent à l’initiative des projets, elles s’associent aussi fréquemment avec des coopératives d’habitation, telles que la Codha

 

  • la mixité sociale et générationnelle: pour ne pas faire des écoquartiers des vitrines vertes fermées sur elles-mêmes, de plus en plus d’urbanistes insistent sur la nécessité de faire cohabiter des personnes appartenant à des catégories socioprofessionnelles, des cultures et des tranches d’âge différents.

 

L’architecte suisse Emmanuel Rey définissait ainsi les écoquartiers comme des «pôles urbains, denses et mixtes, dont la qualité globale répond à une vision approfondie de la durabilité» (publication “Quartiers durables. Défis et opportunités pour le développement urbain”, ici). Voici une petite liste rassemblant quelques beaux exemples en Suisse romande.

 

 

1/À Genève, l’écoquartier Jonction

 

© Erik Frenzel. Parution CB3/2021

Écoquartier Jonction, Genève.

 

Architectes: Dreier Frenzel

 

Le projet: pionnier à Genève, cet écoquartier comprend 300 logements, 5’000 m2 de commerce de proximité, une crèche, une salle d’éducation physique, un parking souterrain et des espaces publics pour créer un cadre de vie mixte et pluriel. Le projet rapproche deux formes d’habitat, le loft (habitat aux spatialités généreuses et partagées) et le logement social (soumis à des réalités domestiques et des exigences économiques). Il façonne ainsi un hybride nommé “social loft”.

 

Le plus pour les habitants: une partie des logements est située autour d’un vaste patio surplombé de guirlandes lumineuses, où chaque habitant peut se créer un coin terrasse. Les autres habitations sont construites dans les étages supérieurs reliés par des coursives aménagées en balcons collectifs. Le toit plat accueille un jardin potager. L’architecture entretient ainsi le lien social et facilite les échanges entre habitants. 

 

 

2/À Meyrin, l’écoquartier Les Vergers

 

© Julie Masson. Parution CB3/2021

Écoquartier Les Vergers, à Meyrin.

 

Architectes A11 et A12: Bellmann Architectes

 

Le projet: c’est l’un des plus grands projets de logements en Suisse et l’un des plus audacieux. L’écoquartier des Vergers s’étend sur une surface de 16 hectares et compte plus de 30 immeubles pour loger environ 3000 personnes. Piloté par la Commune, la conceptualisation du quartier a été guidée par quatre axes, soit la mutualisation des espaces publics, l’intégration de principes écologiques à la construction et à l’exploitation, le choix de la démarche participative et l’attribution des droits de superficie à sept coopératives d’habitation participatives et à la Fondation Nouveau Meyrin.

 

Le plus pour les habitants: un projet qui va de la production à la consommation. Les nombreuses initiatives collectives ont notamment abouti à la création d’un poulailler, d’une auberge participative, de potagers ou encore d’un supermarché participatif paysan – le premier en  Suisse –, le tout intégré dans un projet global d’agriculture urbaine «de la fourche à la fourchette».

 

 

 

3/À Nyon, l’écoquartier du Stand (en cours de réalisation)

 

©Michel Bonvi. Parution CB4/2021

Écoquartier du Stand, à Nyon.

 

Architectes: Farra Zoumboulakis & Associés Architectes Urbanistes SA

 

Le projet: trois immeubles accueilleront au total 127 logements, un local de quartier et une crèche. Les longs balcons filant sur toute la longueur de façade sur une centaine de mètres apporteront une qualité certaine aux logements et aux liens sociaux de voisinage. Certains logements réalisés sous forme de clusters proposent des typologies pour une nouvelle manière d’habiter. Ces spacieux appartements communautaires regroupent des unités d’habitation privatives, reliées par un espace commun composé d’un grand séjour et d’une cuisine. À mi-chemin entre la colocation et “l’appartement privatif”, ce modèle typologique permet de créer du lien entre les habitants, parfois entre les générations ou entre différents modèles familiaux.

 

Le plus pour les habitants:  une succession d’espaces collectifs paysagers est réalisée depuis la place publique, en passant par le cœur du quartier, jusqu’à un jardin paysager communautaire. Deux toitures-terrasses seront également aménagées, de manière à en favoriser l’appropriation par les habitants et les échanges entre eux. L’implantation des bâtiments et leur échelle ainsi que la transition entre les immeubles et les espaces publics favoriseront les rencontres.

 

 

4/À Gland, l’écoquartier Eikenøtt

 

©Association Quartier Eikenøtt

Écoquartier Eikenøtt, à Gland.

 

Architectes: CCHE

 

Le projet: il s’agit d’un programme de 485 logements pour 1200 habitants, dont le plan a été validé en 2011. Les projets d’habitat développés sont très divers par leur taille  (du 2,5 pièces au 6,5 pièces), leur typologie (duplex, attiques, rez-de-jardin, terrasses, loggias), leur équipement (cloisons modulaires, domotique, etc.) et leur disponibilité (locations, appartements en PPE), de manière à favoriser la mixité sociale et intergénérationnelle. De nombreux aspects environnementaux ont été pris en compte. Dans les espaces publics, des espèces indigènes ont par exemple été plantées pour favoriser la biodiversité.  De plus, la totalité des eaux de pluie est réinfiltrée. Les toits des immeubles sont végétalisés et conçus pour retenir l’eau de pluie avant de la diriger vers les dispositifs de réinfiltration dans le terrain, réalisés sous forme d’un important réseau de noues, (dépressions peu profondes). 

 

Le plus pour les habitants: la zone est définie comme prolongement naturel de la ville, où tous les services (commerces de proximité, centre médical, crèches, résidences pour les aînés) sont disponibles à moins d’un kilomètre. Par ailleurs, Eikenøtt est un quartier sans voiture, même si les véhicules motorisés peuvent néanmoins effectuer de rapides chargements ou déchargements. L’Association Quartier Eikenøtt propose différents services comme des listes de baby-sitters et des prêts d’objets.

 

 

5/Au Mont-sur-Lausanne, l’écoquartier Maillefer 

 

©ThomasJantscher. Parution CB3/2021

Écoquartier Maillefer, au Mont-sur-Lausanne.

 

Architecte: bureau CCHE

 

Le projet: construit entre 2007 et 2010, cet écoquartier est le premier a avoir été labellisé en Suisse romande. Les 13 bâtiments regroupent 303 logements, dont 234 répondent au standard Minergie-ECO et 69 au standard Minergie. Il a pour vocation de mettre à disposition sur le marché des logements aux loyers attractifs, avec une haute qualité de finitions et répondant aux préoccupations en matière de développement durable. 

 

Le plus pour les habitants: le quartier entièrement piéton propose trois parkings souterrains, des surfaces commerciales et un centre de vie enfantine. Le quartier dispose aussi de jardins potagers partagés, d’une salle de quartier  pour organiser des rencontres, de chambres d’hôtes et d’appartement protégés pour les personnes âgées. L’association Village Maillefer anime le quartier.

 

 

6/Au Chalet-à-Gobet (Lausanne), l’écoquartier Pra Roman

 

©Vincent Jendly. Parution CB3/2021

Écoquartier Pra Roman, à Lausanne.

 

Architecte: Pont 12

 

Le projet: depuis 2020, les hauts de Lausanne accueillent un nouvel écoquartier, où vivent 200 habitants. Face à la grandeur de la parcelle, les architectes ont opté pour une densité plus urbaine afin de libérer le plus d’espace possible pour les aménagements extérieurs. Non sans rappeler une structure villageoise, les bâtiments sont regroupés en quatre îlots, organisés autour d’une place centrale qui réunit leurs accès. L’organicité de cette composition génère des espaces subtils oscillant entre aspect privé, semi- privé, public et semi-public. Aux rez-de-chaussée, différents services sont proposés – épicerie en vrac, centre d’accueil pour personnes âgées, cabinet de physiothérapie, école libre, etc. – afin de favoriser la mixité et la vie sociale. Ces activités permettent aussi au quartier de s’’ouvrir au reste du village et de la ville. Par ailleurs, le quartier présente de nombreux critères de durabilité qui lui permettent d’être certifié Minergie P-ECO.

 

Le plus pour les habitants: le lien social est encouragé non seulement par la matérialité ou la volumétrie des bâtiments, mais aussi par les espaces extérieurs, ceux qui sont aménagés bien sûr, et surtout ceux qui sont résiduels qui pourraient à première vue paraître insignifiants, mais qui sont pourtant essentiels à la convivialité.

 

 

7/À Neuchâtel, l’écoquartier Ecoparc

 

©Yves André. Parution CB3/2021

Écoquartier Ecoparc, à Neuchâtel.

 

Architectes: Bauart Architectes

 

Le projet: ce projet pionnier en Suisse romande fut construit entre 1998 et 2010. En une vingtaine d’années, quatre hectares de friches ferroviaires et industrielles ont été métamorphosés en un quartier animé. Ecoparc offre à l’arrivée en gare une image jeune, nette et contemporaine de la ville. Le projet intègre de nombreux aspects de développement durable comme le cycle de vie des matériaux.

 

Le plus pour les habitants: à l’initiative de Bauart Architectes, une association Ecoparc s’est créée et réfléchit activement à la ville et au développement durable. D’une grande diversité d’usage (bureaux, écoles, habitations, espaces publics), l’ensemble du quartier fourmille de vie. 

 



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