Architecture

Surélever sa maison

15 Fév 2022

Comment avoir plus de place sans occuper plus de surface sur terre? Surélever sa maison offre l’opportunité de vivre dans un bâtiment à taille humaine, tout en préservant le cadre de verdure environnant. C’est aussi l’occasion de profiter d’une construction architecturale personnalisée, d’augmenter la valeur de son bien, de partager sa demeure… En bref, d’adopter de manière positive les principes de la « densification douce ». Il existe différentes solutions pour rehausser une maison comme l’illustrent plusieurs projets d’architectes inspirants. 

 

© EPONYM. Parution CB5/2021

L'exemple d'une maison des années 1970, surélevée d'un étage complet. Conçue selon un plan simple avec des matériaux bruts, la nouvelle entité offre des espaces généreux à moindre coût. Afin de pouvoir s'adapter à l'évolution de la famille, la disposition de l'escalier laisse la possibilité de diviser la maison en deux logements. Une réalisation EPONYM Atelier d'architecture.

 

En Suisse, la surélévation d’immeubles est un type de densification urbaine en plein essor ces dernières années. Mais ce principe d’extension par le haut se présente également comme une solution pertinente pour utiliser les réserves à bâtir en zones périphériques. 

 

Selon l’OFS, sur 1,7 million de bâtiments d’habitation dans notre pays, 1 million sont des villas individuelles. Entre 1960 et 1990, elles se sont multipliées dans les zones périurbaines – notamment l’Arc lémanique, la campagne fribourgeoise et la vallée de Rhône –, induisant un étalement urbain qui met le paysage sous pression. 

 

Le paradoxe est là: d’un côté, la villa avec jardin privatif se présente comme un idéal tenace pour une population qui fuit souvent les centres-villes. De l’autre, ce modèle est critiqué pour son non-sens écologique car il réduit la possibilité d’avoir des zones sauvages et des terres cultivables.

 

Remise en cause au nom de l’intérêt commun, la maison individuelle est ainsi ébranlée par différentes réalités. À savoir, l’impératif imposé par la Loi fédérale sur l’aménagement du territoire (LAT) de densifier les zones habitées; la rareté et le coût des terrains à bâtir dans certaines régions; le renforcement des exigences des banques qui voient dans les investissements en PPE ou dans les villas plurifamiliales de meilleurs placements financiers. 

 

La densification douce – qui consiste à créer des zones rurales de moyenne densité – se profile comme une voie de réconciliation entre des aspirations opposées. Or, au chapitre des solutions concrètes pour densifier doucement, se trouve le rehaussement des maisons.  

 

Permettant de gagner en surface habitable ou utilisable, la surélévation consiste à ajouter un véritable étage à un logement (pas à aménager des combles) en déposant, puis remplaçant l’ancienne charpente du toit. S’il est généralement plus coûteux qu’une extension horizontale, ce type d’agrandissement offre néanmoins plusieurs avantages:

 

  • La préservation du jardin.

 

  • L’assainissement thermique du bâtiment. Le nouveau volume obtenu bénéficiera de la chaleur montante qui sera conservée au mieux grâce à l’isolation parfaite de la nouvelle toiture.

 

  • Le financement des travaux par la requalification des espaces. Les banques octroient plus facilement des prêts pour travaux si des rentrées locatives supplémentaires sont envisagées. Il est parfois plus facile de financer l’agrandissement d’une maison que sa simple rénovation. 

 

  • Une flexibilité d’usage. Lors d’une surélévation (comme pour n’importe quel type d’extension), on conseille en général d’envisager divers scénarios d’utilisation.  En effet, le fait qu’une maison puisse être utilisée de multiples façons peut se révéler bienvenu à n’importe quelle période de la vie. Tel est le cas, par exemple, si l’on travaille momentanément à domicile, si l’on vit avec des enfants (adultes) en formation, en cas de divorce ou de difficultés financières. 

 

Du point de vue esthétique et architectural, la surélévation ne consiste pas à reproduire un pastiche de l’ancien qui serait simplement un peu plus haut. La majorité des projets d’aujourd’hui se construisent avec une mise à distance du bâtiment existant, sans négliger pour autant l’harmonie de l’ensemble et l’inscription au contexte bâti. 

 

 

L’exemple d’une excroissance depuis l’intérieur

Lieu: Prilly

Architectes: Dreier Frenzel

 

© Erik Frenzel. Parution CB2/2020

Surélévation de maison comme excroissance depuis l'intérieur.

 

© Erik Frenzel. Parution CB2/2020

Surélévation de maison comme excroissance depuis l'intérieur.

 

Cette maison de style moderniste, réalisée par Bernard Calame, a été entièrement réagencée et surélevée pour devenir une colocation plurigénérationnelle.

 

Afin de ne pas simplement poser un volume sur un autre, les architectes ont souhaité faire émerger la surélévation depuis l’intérieur de la maison. Ils ont joué avec les codes du passé et du présent.

 

Côté extérieur, on voit cohabiter les matériaux existants et ceux du nouveau projet en bois. L’ancien pignon a même était conservé. Ce dernier, minéral, contraste avec le bois du volume ajouté. Une corniche vient souligner la rencontre entre les deux, tandis que certains éléments créent des liaisons visuelles comme le rythme des ouvertures ou le dessin des garde-corps qui évoque l’architecture moderne. Entre les étages inférieurs et supérieurs,  les architectes ont réalisé une rotation du plan parfaitement lisible.

 

Côté intérieur, on observe enfin également un contraste de matériaux entre l’existant et la surélévation. 

 

 


 

L’exemple d’une surélévation métamorphosante 

Lieu: Fribourg

Architectes: Lutz Architectes

 

© Corinne Cuendet. Parution CB5/2021

Surélévation de maison métamorphosante. 

 

© Corinne Cuendet. Parution CB5/2021

Surélévation de maison métamorphosante. 

 

Cette petite maison datant des années 60 dans le quartier du Schoenberg a été transformée par une extension en béton et une surélévation en bois. Elle affiche désormais un nouveau visage qui masque les codes, l’échelle et la structure du bâtiment existant.

 

La surélévation a été réalisée en ossature bois pour éviter de renforcer la structure porteuse de la maison. Le montage des éléments préfabriqués bois a été rapide. 

 

Les rentrées locatives supplémentaires générées ont permis de financer le projet. 

 


 

L’exemple d’une surélévation d’esprit cabane

Lieu: Lausanne, 2014

Architectes: SAS Architecture (bureau aujourd’hui restructuré)

 

© Thomas Jantscher. Parution C&R 2015/2016.

Surélévation de maison d'esprit cabane.

 

Située aux portes de Lausanne, en lisière de forêt, cette maison a été surélevée par l’ajout d’un volume protubérant sur le pignon de l’ancienne maison.

 

La façade de cette surélevation – qui offre un espace de vie confortable – a été traitée comme un élément du toit. Elle a été recouverte de bardeaux de cèdre rouge non traité.

 

En termes de contexte matériel, la conception de cette surélévation est conforme à la culture artisanale locale qui utilise la forêt environnante comme source de matières premières.

 

 


 

L’exemple d’une prothèse entrelacée

Lieu: Lauterach (Autriche)

Architecte: Dietrich Untertrifaller

 

©Bruno Klomfar. Parution C&R 2019/2020

Surélévation de maison comme une prothèse entrelacée.

 

©Bruno Klomfar. C&R 2019/2020

Surélévation de maison comme une prothèse entrelacée.

 

Pour agrandir cette maison des années 1950 en maçonnerie à double paroi, il aurait été possible d’ériger une nouvelle construction dans le jardin. Mais, afin de préserver le bel espace vert, une autre option a été choisie afin de permettre de créer deux logements séparés.

 

La maison d’origine a été subdivisée en deux logements superposés indépendants, agrandie latéralement et surélevée d’un étage. L’annexe et la surélévation ont été réalisées à l’aide d’éléments préfabriqués en bois léger avec un bardage de panneaux en fibre-ciment.

 



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