Architecture

Une maison entre récup’ et verdure

08 Avr 2021

Longtemps à la recherche d’un rural en pleine nature à rénover, le scénographe Giuseppe Mangia a finalement trouvé son bonheur près d’Udine, en Italie. Avec son imagination d’artiste et la persévérance de son architecte Silvia Pedron, il a complètement transformé cette ancienne bâtisse et ses dépendances à son goût. Visite guidée d’un lieu atypique où se mêlent les styles champêtre, ethnique et industriel.

 

©Fabrizio Cicconi/Living Inside (parution: EC 3/2016)

L'ancienne grange transformée en serre. Au fond, fauteuil Shadowy, création de Tord Boontje pour la collection M'Afrique de Moroso.

 

Associé de Studio Eye – une agence de communication visuelle établie à Udine, une ville située au nord de Trieste (I) –, le scénographe Giuseppe Mangia sillonnait depuis longtemps cette région entre mer et montagnes, à la recherche d’un édifice isolé pour en faire un cocon selon ses goûts. Son choix se porte finalement sur une longue et étroite bâtisse de deux étages sur rez, dénichée au cœur d’un village. Celle-ci a déjà subi une rénovation peu convaincante et son jardin délaissé n’est guère engageant. Mais le vénérable mûrier qui s’y tient solitaire lui tape dans l’œil et les deux granges intactes qui flanquent la bâtisse revêtent un certain charme. Six mois plus tard et avec l’aide de son architecte Silvia Pedron, il est chez lui. Mais non sans peine!

 

Vue de l’extérieur.

 

La rénovation commence par la suppression de tout ce qui heurte la vue: les invasives cloisons, les importuns revêtements de plâtre et de béton, les fenêtres obstructives, les carrelages consternants. Dans la foulée, toute trace des accessoires dénaturant les lieux sont éliminés, des luminaires à la plomberie. Ainsi libérée de ces oripeaux, la bâtisse révèle ses belles proportions, son imposant volume et ses nobles matériaux d’origine: poutres et planchers en bois sombre, pierres blanches et briques roses. Giuseppe participe activement à maintes étapes du chantier: démontage de l’escalier en bois (remis en place à l’issue du chantier), travaux de peinture. Une fois ces tâches accomplies, il entreprend l’aménagement du jardin: création du système de drainage, des terrasses, des coursives et des plantations.

 

De discrètes baies vitrées fixes ou mobiles remplacent les vieilles fenêtres, les portes inutiles sont supprimées et des portes vitrées donnent accès au jardin. Les parquets sont rénovés ou remplacés. La nouvelle dalle de béton est cirée. L’une des deux granges est transformée en une serre ouverte jusqu’aux combles. Sa façade est entièrement occupées par deux parois vitrées superposées à grands carreaux. Qu’on les observe de l’intérieur ou de l’extérieur et de jour comme de nuit, elles donnent l’impression d’avoir toujours fait partie de la maison.

 

Stratégiquement placée, la cuisine ouverte bénéficie de part et d’autre d’un large apport de lumière naturelle. Elle offre par ailleurs à la personne aux fourneaux une perspective sur toutes les pièces en enfilade du rez-de-chaussée, ce qui lui permet de cuisiner tout en participant à la vie collective. Dans sa spacieuse maison, Giuseppe a en effet enfin de la place pour recevoir, perpétuant ainsi la tradition d’accueil  du sud de l’Italie, sa région d’origine. 

 

©Fabrizio Cicconi/Living Inside (parution: EC 3/2016)

La cuisine. Autour de la table de salle à manger, chaises Ripple, créées par Ron Arad en 2005 pour Moroso.

 

Scénographe, recycleur convaincu et collectionneur éclectique, Giuseppe a enrichi sa maison de toutes sortes de matériaux et objets de récupération uniques en leur genre, qui confèrent au lieu un charme sans égal. C’est avec des tôles d’acier provenant d’un décor qu’il a fait fabriquer ses éléments de cuisine, et avec les planches issues d’un plateau de prises de vue, qu’il a créé la superbe paroi ornant le fond de la cage d’escalier. Certaines tables et les coursives du jardin sont elles aussi en planches de récupération. D’hétéroclites caisses en bois d’une époque révolue composent le surprenant garde-corps de la mezzanine et servent un peu partout de meubles.

 

Dans tous les recoins sont accrochées des lettres de typographie de toutes tailles, formes et matériaux qu’il collectionne depuis plus de dix ans. Mais sa grande passion, ce sont les plantes grasses qui lui rappellent son enfance dans les Pouilles, une région au climat nettement plus clément que celui du Frioul. La plupart d’entre elles prospèrent à l’abri du froid, dans la haute serre où trônent deux lumineux fauteuils signés Moroso, client de Studio Eye. Par-dessus, se balance un bouquet de volumineuses boules japonaises, luminaire du plus bel effet de jour comme de nuit.

 

©Fabrizio Cicconi/Living Inside (parution: EC 3/2016)

L'escalier menant à la mezzanine, soigneusement démonté pendant les travaux.

 

©Fabrizio Cicconi/Living Inside (parution: EC 3/2016)

Les numéros apposés sur les marches font partie de la collection de lettres typographiques du propriétaire.

 

©Fabrizio Cicconi/Living Inside (parution: EC 3/2016)

Le salon du rez-de-chaussée est dominé par une mezzanine qui sert en quelque sorte de salle d'exposition. Au fond, la cuisine/salle à manger. Les trois pièces du rez donnent sur le jardin.

 

©Fabrizio Cicconi/Living Inside (parution: EC 3/2016)

La mezzanine, située au-dessus du salon. Giuseppe Mangia y expose ses collections de masques africains et de têtes de bouddha. Les caisses de bois anciennes servent à la fois de meubles et de garde-corps.

 

Une apaisante atmosphère émane désormais de la maison et de son jardin. Elle résulte de la conjugaison du dépouillement des lieux, de leur douce luminosité, de la présence exclusive de matériaux naturels et de la judicieuse palette de couleurs  – beige, brun, gris, noir, assortis à l’ocre et au vert pâle des omniprésentes plantes en pots. Au rez-de-chaussée, les meubles vert vif signés Moroso ponctuent avec éclat ce décor, tout en soulignant sa paisible harmonie. 

 

Pendant les six mois qu’ont duré les travaux de gros œuvre, Giuseppe a dû vivre à l’étage, dans les courants d’air et la poussière; il se rappelle bien des repas pris sur le pouce. Mais depuis, ce chantier revêt l’aura d’une belle aventure. Il se sent bien chez lui et ses chiens, enfin, peuvent passer toute la journée dehors!

 

©Fabrizio Cicconi/Living Inside (parution: EC 3/2016)

La serre, à l'instar des autres pièces en enfilade du rez-de-chaussée, est reliée au jardin par une porte vitrée.

 

©Fabrizio Cicconi/Living Inside (parution: EC 3/2016)

Le scénographe Giuseppe Mangia, vu depuis la porte vitrée de la cuisine.

 

©Fabrizio Cicconi/Living Inside (parution: EC 3/2016)

Sous un abri aménagé dans une des deux granges, une collection de vieux seaux en zinc et la chaise à bascule Bayekou, conçue par les designers Ayse Birsel et Bibi Seck pour la collection M'Afrique de Moroso.

 



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