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Quand l’architecture défie les pratiques ordinaires

14 Avr 2022

À quoi ressemblera l’architecture dans le futur? Quel est l’avenir du bâti? L’architecture expérimentale réalise des productions pilotes et des prototypes qui questionnent les pratiques conventionnelles de la construction. Pour la deuxième fois, le Prix de Genève a récompensé des voies de pensée originales qui font écho aux nouveaux enjeux de société, en Suisse et ailleurs.

 

©Dylan Perrenoud

Micro-habitat sculpté dans une pièce en bois et béton. Agence Bureau (2021).

 

Le Prix de Genève pour l’expérimentation architecturale distingue la recherche, l’audace et l’innovation. Initié en 2019, il offre l’opportunité de mettre en lumière des recherches d’une grande pertinence, en résonance avec les enjeux de notre société. Il promeut ainsi des productions internationales, questionnant la pratique architecturale en dehors du carcan des commandes classiques ou des logiques mercantiles.

 

Sur plus de 150 candidatures soumises, le jury a récompensé un lauréat et cinq nominés.

 

1. Projet Short Stories, lauréat

Architectes: agence Bureau (Daniel-Zamarbide. Carine Pimenta, Galliane Zamarbide)

 

© Francisco-Nogueira

Appartement Maria à Lisbonne.

 

Basée à Genève et Lisbonne, l’agence Bureau a été récompensée pour un ensemble d’expérimentations et de réalisations rassemblées sous le titre Short stories.  «Nous croyons que la participation aux fictions individuelles et collectives est une fonction que l’architecture doit exaucer», explique l’agence.

 

Illustration avec l’appartement Maria qui s’écarte des typologies dirigées de l’habitat pour laisser au locataire la liberté de modeler l’espace à son image, sans l’intervention directe de l’architecte. On peut aussi mentionner d’autres Short stories qui embrassent le quotidien et l’inattendu. À l’instar de la volière du Jardin zoologique du Bois-de-la-Bâtie qui procure un habitat provisoire pour les anatidés (famille d’oiseaux aquatiques) ou encore d’un micro-habitat Thérèse, niché dans une sculpture de bois et de béton dans un parc en Valais (première photo).

 

 

2. Projet Lieu de vie, nominé

Architectes: Studio Muoto (Gilles Delalex et Yves Moreau)

 

© Maxime Delvaux

Lieu de vie, Studio Muoto.

 

Le Studio Muoto est une agence d’architecture basée à Paris. Il plaide pour une architecture minimale qui peut évoluer dans le temps, une architecture primitive, à la fois frugale et généreuse.

 

Le projet Lieu de vie est un équipement universitaire livré sur le campus de Saclay (Essonne, France). Soumis à un dessin résolument orthogonal, le bâtiment s’apparente à une grande étagère.  Il n’a pas de «chair»; seulement des «os».

 

 

3. Projet Les Pièces de l’océan, nominé

Architectes: MBL Architectes

 

Les Pièces de l'océan, MBL Architectes.

 

Le bureau parisien MBL architectes développe une pratique de l’architecture prospective. Les Pièces de l’océan sont une série de petits monuments construits au bord de la mer, à la frontière entre la France et l’Espagne (Txingudi). Elles ont été pensées comme des interventions architecturales non intrusives. Leur construction repose sur un système d’électrolyse de l’eau de mer, le Géocorail, qui permet de créer un liant et un agglomérat rocheux.  Ainsi le phénomène de sédimentation – associé au mouvement conjoint de l’océan, du fleuve et l’érosion – est mis en œuvre pour façonner ces bâtiments. Les monuments sont tout simplement construits par la mer.

 

 

4. Projet Passive delight custom designed & built manually, nominé

Architectes: Matharoo Associates

 

Passive delight custom designed & built manually, Matharoo Associates.

 

Passive delight custom designed & built manually, Matharoo Associates.

 

Le bureau indien Matharoo Associates conçoit souvent des espaces neutres en termes de fonction. Le bâtiment salué par le Prix de Genève réunit ainsi deux fonctions antagonistes: lieu de travail (pour les architectes eux-mêmes) et lieu de retraite et de détente pour le week-end.

 

Sur ce bâtiment, des portions de murs (structurellement non essentielles) sont laissées sous forme de grandes ouvertures rectangulaires équipées de panneaux de verre coulissants. Les espaces intérieurs sont quasiment en plein air. Côté extérieur, la toiture et une façade sont totalement enveloppées par une sorte de cape de protection (ou de bouclier thermique). Entre cette cape et la structure minimale en béton se trouve un passage dans lequel l’air, l’eau et les animaux circulent. De plus grâce à cette cape, la construction utilise l’énergie passive de manière innovante.

 

 

5. Projet Regenera, nominé

Architecte: Alberto Roncelli

 

Gratte-ciel Regenera, Alberto Roncelli.

 

Exerçant à Copenhague, Alberto Roncelli propose un gratte-ciel qui n’est pas conçu pour rester mais pour disparaître. Le bâtiment se dissout en effet pour aider les écosystèmes brûlés ou endommagés. Cette structure est conçue pour être érodée et transportée par le vent afin de propager en continu des substances utiles au milieu environnant. De plus, les petits animaux et les oiseaux peuvent utiliser des cavités et des trous comme de temporaires abris et manger les plantes qui y poussent.

 

Le gratte-ciel d’une centaine de mètres est composé d’une structure en treillis. Il est revêtu de plusieurs couches, principalement en graines, moisissures et herbes.

 

 

6. Projet Une chambre pour demain, nominé

Architecte: Ciguë

 

Une chambre pour demain, Ciguë, exposition Hôtel Métropole.

 

Réunissant une équipe de 20 personnes à Montreuil (France), le bureau Ciguë est le théâtre d’élaborations de stratégies, de lieux et de matériaux. Dans le cadre de l’exposition Hôtel Métropole, l’agence a réalisé une chambre à ciel ouvert. Sur son toit sont exposés des réservoirs, l’un pour collecter de l’eau de pluie, l’autre pour stocker l’eau rendue potable par le grand bac de phyto-épuration et les filtres qui le jouxtent (filtres membranaires et à charbon actifs).

 

Ainsi, l’agence Ciguë a démontré par le prototype qu’il existe des réponses pour mettre en œuvre des systèmes de bouclage de l’eau des salles de bain, où quasiment rien ne se perd, tout se récupère ou se transforme.

 



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