Lausanne, capitale de l’architecture romande?
En creusant le filon architectural et en observant la mutation que la cité vaudoise a entreprise depuis une quinzaine d’années, force est de constater qu’elle mène la danse dans de nombreux domaines. Des bâtiments iconiques – comme ceux des campus universitaires, ceux du monde culturel ou encore le siège du Comité international olympique – aux innovations urbanistiques et aux nouvelles formes architecturales, Lausanne se positionne aujourd’hui comme un haut lieu de réflexion pour la culture du bâti. Les architectes y expérimentent, explorent et affirment les fondements d’une architecture riche, contemporaine et ancrée dans les spécificités suisses.
Du côté du public, la curiosité et l’intérêt pour l’architecture ne cessent de croître. Si la découverte se fait souvent à travers les projets emblématiques de la ville – le Rolex Learning Center, Plateforme 10 ou la Maison olympique –, les questions de durabilité, de rénovation et de qualité de vie poussent de plus en plus les citoyens à s’intéresser à leur environnement construit et à interroger leur manière d’habiter la ville. La capitale vaudoise accueille également la Fondation CUB, qui œuvre à valoriser la culture du bâti auprès du grand public et témoigne du dynamisme architectural de la région.
À travers sept déclinaisons, Lausanne révèle les multiples facettes d’une ville en constante transformation, où les projets architecturaux accompagnent les évolutions sociales, culturelles et environnementales.
SwissTech Convention Center à l’EPFL, Richter Dahl Rocha & Associés
1/ Pôle Culturel
Le Théâtre de Vidy, construit à l’occasion de l’Exposition nationale suisse de 1964, est l’œuvre de Max Bill; il s’appelait alors Théâtre de l’Expo. Bâtiment temporaire à l’origine et classé bien culturel d’importance nationale entre temps, il a été augmenté en 2017 d’un pavillon en bois construit par l’architecte Yves Weinand, directeur du laboratoire IBOIS / EPFL et par l’Atelier Cube, et rénové en 2022 par PONT12 Architectes afin de le moderniser.
À deux pas de la gare, Plateforme 10 est un site unique en Suisse avec ses trois musées cantonaux (MCBA par Estudio Barozzi Veiga, MUDAC et Photo Élysée par Aires Mateus) qui en font un Quartier des arts à l’égal du MQ de Vienne ou de l’Île aux musées berlinoise. Sur les hauteurs de la ville, l’ancien bâtiment dédié au design a été investi par Pyxis, Maison de la culture et de l’exploration numérique, où l’on parle intelligence artificielle, robotique, impression 3D, art génératif… En guise de clin d’œil à une culture plus intimiste, la rénovation du Théâtre Boulimie par le bureau Localarchitecture est un bijou.
Les bâtiments du mudac et Photo Elysée, Plateforme 10
Théâtre de Vidy
2/ Centre universitaire
Avec ses trois pôles d’excellence en matière de formation, Lausanne a développé des institutions académiques qui rayonnent bien au-delà des frontières suisses. Ce statut envié s’appuie aussi sur des implantations géographiques propices à l’émergence de véritables campus. À Renens, l’ECAL, signée par Bernard Tschumi, a transformé une ancienne usine désaffectée en un lieu d’enseignement et de création particulièrement dynamique. À Chalet-à-Gobet, l’EHL (École hôtelière de Lausanne), réalisée par le bureau lausannois Itten+Brechbühl, impressionne autant par ses 60 530 m² de surface que par la reconstruction à l’identique de sa ferme historique. À Écublens, le campus de l’EPFL a connu plusieurs transformations architecturales majeures, notamment au début des années 2000 avec la construction du Rolex Learning Center par l’agence SANAA, de l’EPFL Pavilions par Kengo Kuma et de la Halle mécanique de Dominique Perrault Architecture. Dans ce paysage académique d’excellence, on peut également citer le Vortex, centre d’hébergement pour étudiants à Chavannes-près-Renens, ainsi que la Banane, surnom donné à l’Unithèque en raison de sa forme incurvée.
EPFL Pavillons
Campus de l'EHL (École hôtelière de Lausanne)
ECAL (École cantonale d’art de Lausanne)
3/ Capitale sportive
À tout seigneur, tout honneur. Lausanne est la capitale olympique depuis 1994 et le nouveau siège du CIO, dessiné par les bureaux danois 3XN et lausannois Itten+Brechbühl, en est le vaisseau amiral. Un bâtiment spectaculaire et hors norme, à la fois organique et intégré dans son environnement, qui se distingue notamment par son « escalier de l’unité ». Une véritable Maison olympique. En parallèle, la ville s’est dotée d’infrastructures sportives plus locales mais tout aussi emblématiques, comme le Stade de la Tuilière, réalisé dans le cadre du projet Métamorphose par les bureaux biennois Mlzd et Sollberger Bögli. Conçu comme un stade à l’anglaise, il accueille le club de football Lausanne-Sport. Autre équipement majeur, la Vaudoise Arena, centre dédié aux sports de glace et aux activités aquatiques – qui abrite également des terrains de padel – a été conçue par PONT12 Architectes et s’impose comme un volume spectaculaire au cœur du paysage urbain.
Centre aquatique, Vaudoise Aréna
Maison Olympique
4/ Pôle santé
Inauguré en 2025 sur le site du CHUV, le nouvel Hôpital des enfants rassemble l’ensemble de la pédiatrie dans un bâtiment à la fois hautement technique et profondément humain. Conçu par Ferrari Architectes et gmp Architekten et réalisé par HRS, le projet met l’architecture au cœur du dispositif de soin. Pensé pour répondre aux exigences complexes de la médecine pédiatrique, il propose des espaces lisibles, lumineux et accueillants, où l’organisation des flux, la qualité des ambiances et le bien-être des patients participent pleinement à l’expérience hospitalière. Architecture, organisation et soin s’y construisent ainsi dans un dialogue étroit. Ce projet s’inscrit également dans la transformation plus large du Campus Santé lausannois, qui réunit hôpital, recherche et formation autour d’un écosystème dédié à l’innovation médicale.
Le nouvel hôpital des enfants, Lausanne
5/ Laboratoire urbanistique
Territoire en mutation. Ville du futur. Quartier de demain. En multipliant les pôles d’expérimentation, Lausanne réussit à opérer, malgré les travaux, une transition urbanistique qui interpelle et pose les jalons d’un avenir radieux. Outre son quartier muséal à deux pas de la gare, ou celui du Flon et son lit culturel retrouvé, citons le district de l’Ouest lausannois qui, au vu de ses multiples réalisations, réhabilitations et transformations, devient un poème sociétal et architectural en soi. Quant à l’écoquartier des Plaines-du-Loup, à l’horizon 2030, il devrait redéfinir les normes du vivre ensemble. C’est un laboratoire expérimental à bien des niveaux qui évoque surtout la nécessité de densifier tout en promouvant la qualité de vie. La nature et le territoire y sont utilisés comme éléments de connexion entre le quartier et le reste de la ville, en plaçant au premier plan la mobilité douce au sein des espaces publics. Rues jardinées, jardins potagers, pleine terre et forêt urbaine… la notion d’habitabilité se renouvelle !
Le quartier des Plaines-du-Loup
6/ Exploration architecturale
Construire dans les interstices de la ville. Créer des formes surprenantes, organiques, épousant la topographie des terrains à disposition. Si la capitale vaudoise se distingue par quelques projets d’envergure, elle offre également des immeubles d’habitation d’une rare virtuosité. On pense ici à l’immeuble Verdeaux du bureau Dreier Frenzel, œuvre quasi post-apocalyptique où la peau protectrice de béton semble mise à nu et révèle ses usages en façade. Ou à L’Œuf, du bureau Localarchitecture, un bâtiment basé sur les points de vue et dont le mobilier a été confectionné sur mesure par l’ébéniste Jules Desarzens (Wood-Concept). Ou encore à la villa « 4 en 1 » du team 2b qui rend lisible en façade l’imbrication typologique qui la compose et offre à chacune des habitations une spatialité et un caractère propres. Une architecture symboliquement forte en ce qu’elle permet d’associer les qualités de l’habitat individuel et de l’habitat collectif.
L'Œuf du bureau Localarchitecture
L’immeuble Verdeaux du bureau Dreier Frenzel
La villa « 4 en 1 » du team 2b
7/ Réhabilitation du bâti existant
À Lausanne, la réhabilitation du patrimoine bâti prend une place croissante dans la transformation de la ville. Plutôt que de démolir, on choisit de plus en plus de réinterpréter des lieux emblématiques que tous les Lausannois connaissent, en conciliant mémoire du passé et exigences contemporaines.
C’est notamment le cas de l’Hôtel des Postes à Saint-François, dont la transformation menée par le bureau CCHE redonne une nouvelle vie à ce bâtiment historique tout en respectant son identité. Autre exemple marquant, la tour de la Sallaz, construite dans les années 1960, fait aujourd’hui l’objet d’une rénovation menée par L-Architectes Sàrl, qui modernise l’édifice tout en préservant sa présence emblématique à l’entrée nord de la ville.
La tour de la Sallaz
L’Hôtel des Postes à Saint-François










