Architecture

Côte d’Azur, balade architecturale

09 Août 2017

La Côte d’Azur, ce territoire accolé à la Méditerranée, a vu aussi éclore quelques manifestes grandioses en termes d’architecture moderne et contemporaine. Visite guidée autour de la grande bleue.

La vie balnéaire a été inventée dans les années 1730 sur les côtes anglaises après que bourgeois et aristocrates se soient enrichis avec la révolution industrielle. C’est l’époque des villes d’été au bord de la Manche et de la mer du Nord, jusqu’à ce que les « trains de plaisir » viennent relier les capitales à de nouvelles destinations à partir de 1850 et inventer ainsi un nouveau tourisme de villégiature sur toutes les côtes, françaises notamment. Nice devient ainsi la première station balnéaire hivernale d’Europe.

 

Or ce n’est qu’en 1887 que l’écrivain et poète français Stéphen Liégeard invente le terme « Côte d’Azur » pour remplacer la dénomination « Riviera » et circonscrire un territoire allant de La Ciotat à Menton. L’époque est alors principalement à la construction de palaces et de villas.

 

Mais cette appropriation des côtes méditerranéennes, et la démocratisation du tourisme pour tous dans les années 1950, va alors transformer la Côte d’Azur en une terre d’expériences où vont se côtoyer les plus grands noms de l’architecture moderne: Rob Mallet-Stevens, Eileen Gray, Le Corbusier, Jean Prouvé… D’autres sont plus discrets au regard des traces laissées, mais pas moins importants quand on voit leurs réalisations : Jean Balladur à La Grande-Motte, l’Atelier de Montrouge avec le village du Merlier…

 

Preuve de l’attirance de cet aimant azuréen, d’autres architectes, contemporains, continuent d’essaimer leurs réalisations, qui sur un promontoire, qui dans une calanque ou sur une plage, même si l’époque est plutôt aux constructions hôtelières où l’expérience d’utilisation prime (voir le Hi Hôtel signé Matali Crasset).

 

S’il y avait une nouvelle étape de standardisation touristique à observer aujourd’hui, elle serait à voir à travers l’oeuvre de Rudy Ricciotti dont nombre de villes du littoral (Menton, Marseille) semblent vouloir répéter un hypothétique effet Bilbao.

 

De toutes les manières, plutôt que de se laisser aveugler par un soleil éblouissant, profitons d’une virée à la mer pour découvrir quelques beautés cachées ! Visite guidée sur le pourtour de la grande bleue (attention certains sites ne sont accessibles que sur réservation)

 

  • Roquebrune-Cap-Martin, Le cabanon de Le Corbusier. © Manuel Bougot/Cap Moderne

    Roquebrune-Cap-Martin, Le cabanon de Le Corbusier. Lieu de ressourcement où l’architecte aimait venir se perdre dans le bleu de la Méditerranée, cette unité d’habitation récréative est autant le manifeste d’une profonde radicalité que le témoignage d’une réelle simplicité de fonctionnement.

  • Roquebrune-Cap-Martin, Le cabanon de Le Corbusier. © Manuel Bougot/Cap Moderne

    Roquebrune-Cap-Martin, Le cabanon de Le Corbusier vu de l’intérieur.

  • Roquebrune, façade Est des unités de camping de Le Corbusier.© Manuel Bougot/Cap Moderne

    Roquebrune, façade Est des unités de camping de Le Corbusier.

  • Hyères, La villa Noailles de Mallet-Stevens. © Olivier Amsellen

    Hyères, La villa Noailles de Mallet-Stevens.Paquebot du modernisme de 1880 m2, la villa Noailles de Robert Mallet-Stevens met en application les préceptes fondateurs du mouvement rationaliste : fonctionnalité, épuration des éléments décoratifs, toits terrasses, lumière, hygiène…

  • Marseille, friche de l’Escalette. © C. Baraja - E. Touchaleaume. Archives Galerie 54, Paris

    Marseille, friche de l’Escalette. Sur le site abandonné d’une ancienne usine à plomb qui s’étage droit devant la Méditerranée, l’antiquaire Eric Touchaleaume organise des visites et des expositions in situ. En cet été 2017, on pourra guigner quelques spécimens d’habitats plastiques, utopie des années 1960-1970.

  • La Villa E-1027 d’Eileen Gray. © Manuel Bougot / Cap Moderne

    Roquebrune-Cap-Martin, La Villa E-1027 d’Eileen Gray. Première création d’Eileen Gray, réalisée avec son mari Jean Badovici, cette petite villa aussi cubique que formaliste brille par sa rationalité et la qualité de sa réflexion, tant elle a été jusqu’au-boutisée dans ses moindres détails.

  • Istres, le kiosque de Matali Crasset. © Philippe Piron

    Roquebrune-Cap-Martin, La Villa E-1027 d’Eileen Gray. Première création d’Eileen Gray, réalisée avec son mari Jean Badovici, cette petite villa aussi cubique que formaliste brille par sa rationalité et la qualité de sa réflexion, tant elle a été jusqu’au-boutisée dans ses moindres détails.

  • Mouans-Sartoux, la Donation Albers-Honegger de Gigon/Guyer.© eac & Brasille

    Mouans-Sartoux, la Donation Albers-Honegger de Gigon/Guyer. Pour se protéger un peu du soleil, on peut s’offrir une balade dans l’arrière-pays cannois, histoire de découvrir l’Espace de l’Art Concret, un centre d’art contemporain doté d’une collection d’art abstrait unique en France, la Donation Albers-Honegger. L’architecture en a été confiée au bureau zurichois Gigon/Guyer et le bâtiment, d’un vert éclatant, se fond dans la nature environnante,

  • Musée Cocteau, © Roland Halbe

    De Marseille à Menton, la culture brutaliste de Rudy Ricciotti. L’enfant terrible de l’architecture française a essaimé quelques maisons dans la région. L’une située près de Sanary-sur-Mer et louable via Airbnb, par exemple, ou la villa Navarra sur les hauteurs de Saint-Tropez. Ce constructeur adepte de la « physicalité » rayonne par les enveloppes dont il recouvre ses différents monolithes construits le long de la côte. Soit d’un côté, les résilles structurelles du MucEM – un geste qui a redonné une identité culturelle à la cité phocéenne – de l’autre, la coque craquelée, presque reptilienne, du Musée Cocteau. Si on remonte du côté d’Aix-en-Provence, on découvre le Pavillon noir (sur la photo). Il s’agit d’un centre chorégraphique dont l’exosquelette semble annoncer la gestuelle de ses occupants.

  • La Maison Bernard d’Antti Lovag. © Yves Gellie pour le Fonds de Dotation Maison Bernard

    Théoule-sur-Mer, La Maison Bernard de Antti Lovag. À Théoule-sur-Mer, on connaît surtout le Palais Bulles d’Antti Lovag, un château barbapapesque tout droit sorti d’un épisode de science fiction des années 1970. Non loin, la Maison Bernard en est une version familiale qui pose les principes de cette architecture déstructurée faite d’une armature métallique recouverte d’un voile de béton.

  • La Maison Bernard d’Antti Lovag. © Yves Gellie pour le Fonds de Dotation Maison Bernard

    Théoule-sur-Mer, La Maison Bernard de Antti Lovag vu de l’intérieur.



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