Lifestyle

Balade dans les grisons

16 Août 2017

Entre paysages spectaculaires et architecture d’exception, visite étape par étape des grisons.

Une semaine durant, arpenter le val Müstair ou la Valsertal; randonner d’un piz à l’autre; découvrir quelques points de vue vertigineux au service de paysages absolument grandioses. Car dans les Grisons tout est beau.

 

On s’amuse à faire la liste des architectes officiant dans ce parc naturel à ciel ouvert et l’on en tombe quasi raide dingue: de Peter Zumthor, Prix Pritzker en 2009, à Valerio Olgiati, de Jürg Conzett à Gion Caminada ou Hans-Jörg Ruch, les quelque 150 vallées du canton sont parsemées d’oeuvres édifiées par des maîtres locaux, dépositaires d’un savoir-penser plus en phase avec la philosophie des moines Shaolin qu’avec le marketing effréné du city branding.

 

Parce que les Grisons ont par ailleurs un sens de l’hospitalité rare dans ce pays, une semaine durant on vous propose de changer de couche comme bon vous semble, en passant sans gêne et sans affect d’une auberge de jeunesse à un monument de l’hôtellerie suisse, d’un bed & breakfast chic à une cabane de montagne.

 

ETAPE 1.

 

© Franz Rindlisbacher et Corinna Menn parue dans Espaces contemporains n°4/2013

Promontoire à Conn par l’architecte Corinna Menn.

 

Commencer le périple en prenant tout de suite de la hauteur, en allant s’esbaudir à la vue impressionnante sur le Haut-Rhin depuis la plate-forme érigée à Conn par Corinna Menn. Ce n’est peut-être pas aussi spectaculaire que le Skywalk du Grand Canyon, mais le vertige en vaut le détour.

A Landquart, en profiter pour découvrir deux bâtiments emblématiques de Valerio Olgiati, l’un des maîtres absolus du canton – et pourtant relativement méconnu en dehors de ses frontières – adepte des bâtiments monoblocs tels des rochers descendus de la montagne. Das Gelbe Haus est un espace d’exposition sis dans un monolithe immaculé et l’Auditorium Plantahof a l’apparence d’un bunker de béton brut et monacal.

S’offrir une bombe dans le lac de Cauma, ses eaux turquoise, ses pédalos et ses allures de Lost Paradise. Un coin carrément idyllique aménagé également par les bons soins de Valerio Olgiati. Se payer une toile au Cinéma Sil Plaz d’Ilanz, une salle high-tech mais toute d’argile brute signée des architectes Ramun Capaul et Gordian Blumenthal. Récompensée d’un Prix de la meilleure architecture participative, car les membres du ciné-club ont mis la main à la reconstruction!

 

L’échappée nocturne en mode « boîte de nuit » : Riders Palace, à Laax.

Elu comme l’un des 94 hôtels les plus cool du monde selon le site myswitzerland.com, ce Rubik’s Cube architectural est l’un des spots les plus délirants archi et after parlant. Dessiné par le Grison René Maierhofer, il frappe avant tout par une façade extérieure tout en panneaux de mélèze et des vitres réfléchissantes qui favorisent son intégration, voire sa quasi disparition dans la forêt avoisinante. L’illusion est parfaite, mi-James Bond mi-David Copperfield

 

ETAPE 2.

 

© Graubünden Ferien parue dans Espaces contemporains n°4/2013

Les Thermes de Vals. Peter Zumthor architecte

 

Comme il s’agit aujourd’hui de la porte d’entrée du bon goût du canton, quasi une synecdoque architecturale, il faut prendre le temps de se relaxer dans les bains de Vals, la quintessence thermale selon Peter Zumthor. Le type d’expérience dont on garde des traces longtemps dans la tête.

Pas très loin, traverser le pont du village de Vals conçu par Jürg Conzett, un orfèvre en la matière tant sur le plan technique qu’esthétique.

Aller au bout du monde et parcourir l’ensemble du village de Vrin, le village le plus reculé de la «vallée de la lumière» (val Lumnezia). Un petit bijou de nature et de matières où nombre des nouvelles constructions (la cabine téléphonique, la chambre mortuaire…) ont été édifiées par l’architecte du village. Car si Paris a son Haussmann, Brasília son Niemeyer et Genève les frères Honegger, Vrin a aussi son architecte dédié en la personne de Gion A. Caminada.

Poursuivre l’aventure jusqu’au plateau de la Greina, un paradis pour randonneurs, et y découvrir, posée sur la montagne telle une maison Lego, la cabane Terri.

 

L’échappée nocturne en mode «bed & breakfast»: la villa Vals, à Vals.

Enterrée dans la colline à la manière d’une habitation troglodyte, la villa Vals est le fruit de seARCH et CMA, un studio d’architecture hollandais. Offrant une surface intérieure de 160 m2, elle peut accueillir jusqu’à dix personnes. Le genre de maison de vacances à se damner, où la séance barbecue avec vue sur la vallée de Vals donne le sentiment d’être le maître du monde. Déco très design avec le must de la scène batave (Hella Jongerius, Scholten & Baijings, Marcel Wanders ou Thomas Eyck).

 

ETAPE 3.

 

© DR parue dans Espaces contemporains n°4/2013

L’Atelier Bardill, dessiné par l’architecte Valerio Olgiati.

 

 

 

S’offrir une table chez Andreas Caminada. Si vous ne deviez faire qu’un seul repas de la semaine – ce qui serait dommage au vu des ressources nourricières de la région – optez résolument pour le cuisinier 3 étoiles du Schauenstein Schloss, «créatif et modeste», une véritable bombe culinaire.

Du côté d’Arosa, aller jeter un oeil sur l’oasis des montagnes imaginée par le voisin tessinois Mario Botta. Un wellness fabuleusement chic tout en pierre, granit et bois, où les sapins de verre offrent autant de bains de lumière aux profiteurs des lieux.

Découvrir l’atelier Bardill, dessiné par Valerio Olgiati pour le chansonnier Linard Bardill. Un volume majestueusement monochrome, une bâtisse intime et privée mais dont l’esprit pourrait être celui d’un bâtiment culturel public.

Se permettre une petite frayeur sur le Punt da Suransuns, un pont suspendu de Jürg Conzett se trouvant sur le sentier de montagne de la Viamala et pouvant rappeler d’autres ponts primitifs, plus instables et vertigineux, que l’on trouve dans l’Himalaya ou dans les Andes. De toute façon, emprunter un pont de Conzett est toujours l’assurance d’une forme d’expérience.

 

L’échappée nocturne en mode «budget hôtel»: le Cube, à Savognin.

Un hôtel avec le strict minimum mais au confort simple, pratique et fonctionnel. Un lit et une douche pour les plus spartiates, car l’essentiel se passe en dehors de la chambre: dans l’hôtel, quasi un hall d’aéroport, mais surtout hors du bâtiment, car ici tout est tourné vers les activités outdoor. Et il y a tant à faire dans le coin que c’est vraiment à la nuit tombée, contraint et forcé, qu’on revient dans cette ruche vibrionnante, multicolorée.

 

ETAPE 4.

 

© BFH – AHB parue dans Espaces contemporains n°4/2013

La Chesa Futura de Lord Norman Foster au coeur de Saint-Moritz.

 

Les Grisons sont un paradis thermal. Pour s’en persuader, allez buller aussi dans les nouveaux thermes de Samedan (moins connus pour l’instant que ceux de Vals, de Scuol ou de Bad Ragaz), les premiers bains minéraux et verticaux de Suisse. Réalisés par le studio bâlois Miller & Maranta, ils se déploient sur trois étages, avec piscine sur le toit et vue sur le clocher classé voisin.

Admirer la rénovation de Mierta & Kurt Lazzarini sur La Tuor, une tour vieille de huit cents ans transformée en espace culturel. Le type d’intervention respectueuse de son environnement où l’être l’emporte sur le paraître.

S’émerveiller devant la Chesa Futura de Lord Norman Foster, une forme organique posée au coeur de l’über-chic Saint-Moritz, tel un poumon architectural signé par l’un des starchitectes mondiaux.

Monter au lac de Staz où, hors un hôtel charmant, a vue est helvétyllique!

 

L’échappée nocturne en mode «cabane de montagne»: Keschhütte, à Bergün.

A 2625 mètres se trouve la cabane Kesch. Inaugurée en 1893, elle a été revisitée par l’architecte Toni Spirig en conservant son aspect de maison de montagne mais en la dotant d’une nouvelle approche énergétique: des collecteurs ont été placés sur le toit pour chauffer l’eau, des panneaux photovoltaïques fournissent l’énergie pour l’éclairage et l’appareillage ménager.

 

ETAPE 5.

 

© Valentin Jeck et AFGH parue dans Espaces contemporains n°4/2013

Haus Presenhuber à Vnà, maison construite par le studio Fuhrimann et Hächler.

 

Tâcher de pouvoir jeter un oeil sur la Chesa Not, une fabuleuse rénovation en maison de vacances d’Hans-Jörg Ruch nichée à Tschlin. De toute façon, de Ruch, essayer de voir tout ce que vous pouvez tant cet architecte maîtrise la rénovation mi-locale mi-contemporaine. Sinon, le découvrir à travers le livre «Historic Houses in the Engadin/Architectural Interventions» (Steidl).

A Tschlin toujours, se permettre une gorgée de bière engadinoise, autrement dit BE.

A Vnà, passer devant la Haus Presenhuber, une maison de galeristes zurichois édifiée par le studio Fuhrimann

Hächler. Un bâtiment fort et imposant, quasi postindustriel, dans un village absolument charmant à l’autre bout du bout du monde.

Au Lycée alpin de Zuoz, essayer d’assister à une représentation au Globe, réinterprétation locale du théâtre shakespearien par les architectes Gasser, Derungs. Sinon, tenter de découvrir l’une ou l’autre de leurs interventions éphémères, toujours source d’une grande créativité.

 

L’échappée nocturne en mode «château des Mille et Une Nuits»: Hôtel Castell, à Zuoz.

Au bout du monde, il y a le Castell, un hôtel-château gorgé d’oeuvres d’art signées Erwin Wurm, Carsten Höller, Roman Signer ou Fischli & Weiss. Construit par Nicolaus Hartmann en 1912-1913, le Castell a été rénové près de cent ans plus tard par les Hollandais d’UN Studio et le bureau d’Hans-Jörg Ruch. Le «bar rouge» est lui le fruit de l’inspiration conjointe de l’architecte Gabrielle Hächler et de l’artiste Pipilotti Rist.

 

ETAPE 6.

 

© Eric Gregory Powell parue dans Espaces contemporains n°4/2013

A Zuoz, la Galerie Tschudi rénovée par Hans-Jörg Ruch.

 

Avant d’aller marcher dans le Parc national suisse, s’arrêter au centre monolithique tout de béton destiné aux visiteurs et réalisé par Valerio Olgiati à Zernez. Un bloc de plus à son actif, mais aussi la confirmation d’une signature singulière.

A Zuoz, en profiter pour visiter la Galerie Tschudi, un bâtiment médiéval génialement modernisé par l’une des grandes figures du canton, Hans-Jörg Ruch. Sa capacité à préserver l’esprit du lieu tout en le magnifiant par l’espace et la lumière est remarquable.

Faire un saut à la Fondation Nairs, une maison Shining pour artistes en résidence.

A Sent, se promener dans le merveilleux jardin de la Fondation Not dal Mot. Imaginé par l’artiste Not Vital, il est parsemé de sculptures architecturales frémissantes nommées «La Tour du Silence» ou «Le Pont aux Anes». Il est surtout l’occasion d’une confrontation des sens avec une nature omniprésente.

 

L’échappée nocturne en mode «auberge de jeunesse», à Scuol.

En reprenant l’archétype des grandes constructions hôtelières de la fin du XIXe siècle, le bureau d’architectes grisons ARGE Sursass a imaginé un bloc rocheux, comme une pierre tombée de la montagne. L’intérieur reflète un esprit de clocher avec ses places et ses ruelles, uniquement constitué de matériaux haut de gamme: bois de bouleau pour les sols, mélèze pour le foyer central, chêne fumé pour les meubles, hêtre pour les lits.

 



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