Design

Attention aux contrefaçons!

22 Mar 2021

Revers de l’engouement pour le design et la décoration, la contrefaçon de meubles s’est développée à grande vitesse depuis le début des années nonante. Un phénomène qui s’est encore accéléré avec le déploiement des boutiques en ligne diffusant des copies. Mais l’illusion d’avoir un vrai n’est souvent que de courte durée… À suivre, quelques astuces destinées aux non-initiés pour faire la différence entre un meuble original et une imitation.

 

Depuis 1977, le prix du déshonneur Plagiarius dénonce les auteurs de plagiat. Ici, un pathétique "lauréat" de l’édition 2020. À gauche, la suspension originale Tilt Globe de Nyta. À droite, la copie meilleur marché fabriquée par une autre entreprise allemande, Skapetze. Lichtmach.

 

Les objets les plus remarquables du design sont passés du nom propre au nom commun. Les Panton, les Wishbone, les Egg, les Diamond… ont succédé au XXe siècle aux fauteuils bergères, clubs, Voltaire ou Louis XIV. Comme le mobilier que commandaient jadis les rois de France et Napoléon, de nombreuses créations modernes et contemporaines se sont transformées en canons de référence.  Elles sont devenues des modèles imités à tout rompre pour répondre au niveau de fortune de chaque propriétaire. 

 

Bon marché et accessible, la copie séduit un public assez large qui veut un intérieur prestigieux sans en avoir les moyens financiers. Aujourd’hui, détenir une copie à usage privé n’est pas condamnable. Mais posséder un faux n’a aucune valeur marchande tangible. Autrement dit, acheter une copie – même pour une somme relativement élevée – représente forcément un investissement à perte. Alors qu’un produit authentique, lui, possède une cote, et cela pendant plusieurs années.

 

Acheter un vrai est, par ailleurs, un choix éthique visant à contrecarrer une véritable menace pour la survie des éditeurs. Scandaleuse, la copie choque lorsqu’elle se fait passer pour l’original et se fait payer en conséquence. Mais elle est aussi nuisible lorsqu’elle reconnaît son statut de copie car elle pille les dessins d’un éditeur. En effet, six mois à trois ans sont nécessaires pour concevoir une pièce de mobilier depuis les premiers dessins jusqu’à l’élaboration du système de production final. S’ajoutent ensuite les frais de promotion des dernières collections et les investissements réguliers destinés à les perfectionner. Sans oublier la couverture financière des pertes engendrées par l’échec commercial potentiel d’une nouveauté. Or, la copie détruit la possibilité d’avoir un retour sur investissement sur les innovations.

 

Enfin, la contrefaçon vole les royalties des designers. Certes, certains designers de pièces de mobilier iconiques sont morts depuis longtemps… Mais leurs héritiers utilisent bien souvent cet argent pour faire vivre un patrimoine culturel. La Fondation Le Corbusier, par exemple, ne vit quasiment que des droits d’auteur perçus sur les meubles et de ses droits de reproduction photo.

 

Les chaises les plus copiées au monde. De gauche à droite: le Bombo stool, design: Stefano Giovannoni en 1997 (éditeur officiel: Magis); la chaise Series 7, design: Arne Jacobsen en 1955 (éditeur officiel: Fritz Hansen); la chaise Tolix, design: Xavier Pauchard en 1927 (éditeur officiel: Tolix).

 

Pour éviter les pièges et les arnaques au “faux vintage”, voici quelques conseils pour permettre à tout un chacun d’identifier les contrefaçons:

 

N°1: comparer les prix

Un prix bas et en-dessous du marché est généralement très mauvais signe. De nombreux sites qui vendent des contrefaçons de meubles du XXe siècle n’hésitent pas à donner des biographies détaillées de designers qui ont travaillé avec d’autres fabricants pour développer leur produit. Il ne faut pas s’y fier. En matière de design, les miracles n’existent pas!  

 

N°2: se renseigner sur le vendeur

Sur internet, regardez l’adresse postale du revendeur – et pas seulement le numéro de téléphone – pour voir depuis quel pays est expédiée la marchandise. Certains pays (comme le Royaume-Uni) ont un droit laxiste en matière de copie et là-bas, des sociétés peuvent commercialiser des plagiats en grande quantité sans être inquiétées. Si une pièce de mobilier vous fait rêver, n’hésitez pas à regarder directement sur le site Internet de son fabricant. La plupart indiquent une liste de revendeurs officiels.  Pour les meubles anciens et afin d’éviter les arnaques au «faux vintage», le mieux est de s’adresser à un marchand inscrit au Registre du commerce et apte à fournir des certificats d’authenticité. 

 

N°3: contrôler les logos

Pour vérifier l’authenticité d’un produit, il est nécessaire de vérifier que le logo de la marque officielle est bien gravé sur l’objet. Certains fabricants ajoutent également un numéro de série qui permet de vérifier auprès de la société qu’il s’agit bien d’une pièce légale. Malheureusement, ces éléments de contrôle n’ont pas toujours été présents et ils ne figurent pas, parfois, sur les meubles anciens.

 

N°4: observer les détails de fabrication

C’est sans doute la tâche la plus difficile à réaliser pour les non-initiés. Un même modèle n’a pas toujours été produit de la même façon selon les usines et les époques, comme on le voit chez Knoll par exemple. De plus, certaines pièces ne possèdent pas toujours des détails de fabrication significatifs comme des systèmes de fixation ou des coutures. Tel est le cas par exemple des tables Mangiarotti, qui sont entièrement en marbre. On a ainsi pu voir en Italie des champs entiers de copies qui prenaient la pluie pour être artificiellement vieillies. Cependant, parmi les meubles les plus copiés au monde, certaines pièces présentent des caractéristiques qui permettent à tous de distinguer les vrais modèles des faux.  

 

 

Fauteuil LC2, design Le Corbusier, P. Jeanneret et Ch. Perriand en 1928. Edité par Cassina depuis 1964. 

 

À gauche, le vrai fauteuil LC2 de Cassina. À droite, une copie.

 

Sur le vrai fauteuil LC2, le pliage du tube métallique présente un aspect courbe, non anguleux. L’épaisseur de la courbe est parfaitement constante. Le coussin du haut est moins épais que celui du bas. Les soudures sont soigneusement lissées et polies depuis que Cassina produit le fauteuil. Le revêtement est en cuir de qualité. Sur la structure sont gravés la signature de Le Corbusier, celle de Cassina, le logo Cassina I maestri et un numéro de série. Toujours signés, les modèles plus anciens ne sont pas gravés avec la totalité de ces éléments. Cela s’explique notamment par le fait que le LC2 était produit par Thonet et Embru avant 1964. Plus d’infos: cassina.com

 

 

 

Diamond lounge chair, design Harry Bertoia en 1952. Edité par Knoll depuis cette date.

 

À gauche, le vrai fauteuil Diamond de Knoll. À droite, une copie.

 

Sur le vrai fauteuil Diamond, les tiges métalliques s’entrecroisent visiblement, celles du haut arrivant devant celles du bas. Le pourtour de la coque se compose d’un seul fil. Les pieds sont fixés à la coque par des vis. Le nom de la marque Knoll est gravé. Plus d’infos: knoll.com

 

 

 

Fauteuil Barcelona, design Mies van der Rohe en 1929. Edité par Knoll depuis 1953.

 

À gauche, le vrai fauteuil Barcelona de Knoll. À droite, une copie.

 

Sur le vrai fauteuil Barcelona, il y a huit sangles en haut, et neuf en bas. Sur les coussins, les carrés de cuir sont reliés par des passepoils qui forment de petits boudins. Lorsqu’on ouvre la housse des coussins, il apparaît clairement que celle-ci se compose de plusieurs carrés de cuirs juxtaposés. Un logo représentant la lettre K est inscrit sur la face intérieure du rembourrage. Il n’y a pas de couture visible sur les coins de l’assise. Aujourd’hui, les pieds sont fins, mais pendant longtemps on pouvait choisir entre deux épaisseurs. Il n’y a en tous cas jamais eu de renfort sur la base. Sur les versions actuelles, le nom KnollStudio et la signature du designer y sont gravés avec un numéro de série. Plus d’infos: knoll.com

 

 

Panton S chair, design Verner Panton en 1960. Edité par Vitra depuis 1967.

 

À gauche, la vraie Panton S Chair de Vitra. À droite, une copie.

 

À l’origine, la Panton Chair était fabriquée en fibre de verre, dans une version plus grande et plus lourde que toutes les autres. Après cela, la chaise a été produite en mousse Baydur (1968-71), en plastique dur injecté polystyrol (1971-79), en mousse dure (1983-1999) et aujourd’hui en polypropylène. Sur le vrai modèle, le dossier présente un galbe doux, sans méplat. Il n’y a pas de renfort entre le dessous de l’assise et le traîneau inférieur, sauf sur certains modèles anciens. On a la signature de Verner Panton, puis le logo Vitra qui sont surmoulés. Dans les années septante, un logo Herman Miller était posé sous forme d’autocollant ou imprimé dans la masse. La signature Verner Panton n’est apparue que dans les années 80. Plus d’infos: vitra.com

 

 

Swan, design Arne Jacobsen en 1958. Edité par Fritz Hansen.

 

À gauche, le vrai fauteuil Swan de Fritz Hansen. À droite, une copie.

 

Ce qui permet de distinguer le vrai du faux se situe souvent dans les proportions. Par ailleurs sur le modèle original, la couture est présente sur tout le pourtour du siège (assise, accoudoirs et dossier). Entièrement réalisée à la main, celle-ci laisse apparaître de minuscules vaguelettes comprenant 1200 points de couture espacés d’environ un centimètre. Au niveau du pied, le tube supérieur possède un diamètre plus grand que le tube inférieur. La signature d’Arne Jacobsen et le logo FH de Fritz Hansen sont situés sur l’accoudoir gauche. Un numéro de série est inscrit sous la coque.  Plus d’infos: fritzhansen.com

 



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