Design

La bibliothèque suisse, miroir de nos intérieurs

16 Août 2017

Pays du classeur fédéral et du tip top en ordre, la Suisse rivalise de designers rêvant de mettre nos intérieurs en ordre de rangement.

« Vivre dans une maison ordonnée influe de manière positive sur tous les autres aspects de votre vie », explique la Japonaise Marie Kondo dans son best-seller La Magie du rangement (Éd. First). Un autre auteur, actif dans la bande dessinée mais plus obscur, expliquait quant à lui que « l’ordre c’est presque le succès » !

 

Je lis, donc je suis

 

Vu de Suisse, où la bibliothèque fait partie intégrante de tout univers qui se respecte – et où l’étagère est un miroir de son moi culturel – on ne peut qu’acquiescer à cette sentence pleine de bon sens. S’il est du goût de chacun de définir s’il veut ranger les contenus par format, couleur, ordre alphabétique, éditeur ou série… il est acquis qu’une bibliothèque, hors sa capacité ménagère, reflète aussi un positionnement tant intellectuel que social. Regardez ce que je lis, et vous découvrirez qui je suis !

Mais surtout, chez nous, il semble qu’elle doive avant tout être carrée, épouser des lignes droites, faire preuve de rationalité anguleuse et éviter le trop-plein décoratif. Difficile d’imaginer en effet la Bookworm, serpent mural de l’Israélien Ron Arad, ou la Mikado de l’éditeur français Compagnie comme des produits helvètes !

 

Les étagères Bookworm et Mikado, deux produits qui semblent loin de la rigueur helvétique

 

Dans un pays comme la Suisse où le design est affaire de simplicité et de fonctionnalité – le drapeau helvète n’est-il pas du reste une forme de rangement étagé qui s’ignore ? – la bibliothèque cherche avant tout à s’effacer. Imposante, massive, elle semble exister d’abord pour son contenu.

Regardez les mythes que représentent les étagères labellisées Lehni ou USM. Observez les nouvelles tendances à l’oeuvre chez de jeunes designers comme le studio Egli avec son Hypershelf, ou encore Lucien Gumy dont la Wooden Shelf a trouvé refuge chez l’éditeur anglo-danois Wrong for Hay. Découvrez le savoir-faire alémanique en la matière où, de Irion à Mf-system en passant par Em-bee notamment, l’attirance pour la chose confine à la raison d’être: la bibliothèque en tant que pièce phare d’un catalogue – celle qui permet de donner une identité à une marque – mais également comme pièce centrale d’un intérieur, sa nature même en faisant souvent de facto le meuble autour duquel s’organise le salon.

Nues, les bibliothèques helvètes sont autant de pièces d’orfèvres dont la technicité se dévoile dans les détails du produit. Pleines, elles ne font que remplir leur fonction, laissant à peine affleurer leurs discrètes qualités.

 

Yin et yang

 

Si les designers suisses font preuve d’une exigence radicale dans la définition formelle de ces éléments de rangement, ils sont aussi fortement empreints d’une certaine culture de l’innovation (certaines connexions feraient pâlir d’envie les créatifs des capsules Nespresso) et ils se permettent dorénavant des twists qui apportent une touche de fantaisie dans leur univers un rien clinico-maniaque.

On peut prendre pour exemple les box en feutrine chez USM, des éléments de couleurs chez Wogg, des présentoirs flashy-facing chez Dadadum… Ce qui pourrait s’apparenter à une sorte de « genrisation » de la bibliothèque pour peu qu’on lui ait attribué un statut neutre jusqu’alors. L’étagère est désormais le yin, les accessoires et la couleur, le yang.

 

Avant de mettre le nez dans la bibliothèque de vos hôtes pour savoir ce qui les nourrit intellectuellement parlant, petit tour d’horizon de ces gratte-cieux culturels qui invitent à repousser les murs de nos intérieurs.

 


  • L’étagère caméléon de mf-system. Tout a commencé par une simplissime structure métallique, de celles qu’on peut voir dans n’importe quel bureau de graphisme ou d’architectes. Sauf que l’entreprise zurichoise mf-system y a notamment ajouté des carreaux de couleur en guise de portes coulissantes, des loupiotes intérieures… En se transformant en secrétaire, en bar à cocktails ou en tiroir à dossiers suspendus, ce modèle d’étagère industrielle est devenu un bel exemple de mobilier passe-partout, www.mfsystem.ch


  • La bonne affaire de Lista Office. Lista Office a fait du bureau l’un de ses chevaux de bataille et joue aujourd’hui la carte des bureaux pop up et du smart working, mais elle a aussi intégré à son catalogue le classique modulaire dessiné par le studio Greutmann Bolzern. Les meubles de bureau LO D3 sont le symbole même d’un langage entièrement tourné vers la réduction. Le système peut aisément être interverti, réduit ou complété, sans intervention de professionnels, sans outillage particulier, sans instructions complexes, www.lista-office.com & www.gbdesign.ch


  • Le conte de fée façon Xilobis. Fruit d’un charpentier et d’un designer, l’entreprise Xilobis a fait son trou grâce à un ingénieux mécanisme d’assemblage constitué de billes et de chaînettes. À ce stade, l’histoire de la marque tessinoise a tout du conte de Grimm. C’est par la suite qu’elle a rejoint la cohorte des systèmes modulaires à la sauce helvète, d’abord grâce à cette innovation digne d’un jeu Haba, ensuite en jouant la carte éthique avec une fabrication 100% suisse, enfin en proposant ce fameux configurateur qui fait le bonheur des acheteurs en mal d’intérieurs personnalisés, http://xilobis.ch


  • 36 Furniture, un système intemporel. Inspiré d’un principe modulaire, le système Book / Office se compose de six éléments de base qui s’assemblent par simple croisement. Un véritable jeu d’enfant, et de rangement à vrai dire. Dimensionné selon la norme DIN, ce qui ravira classeurs, 33 tours et boîtes de jeux de plateau, il est l’exemple le plus éblouissant d’une rationalisation maîtrisée capable de s’intégrer « aux agencements contemporains à forte valeur représentative », www.36furnituresystem.ch


  • La façade colorée de Dadadum. Imaginée par le designer Nicolas Le Moigne pour la jeune marque tessino-lausannoise Dadadum, cette Alps Express s’inspire autant de l’origami – auquel elle emprunte le pliage de ses feuilles de métal – qu’aux cabines de téléphérique qui peuplent les sommets alpins. Volume vide à remplir selon ses envies – façon bibliothèque ou séparateur d’espaces – cette étagère s’est désormais étoffée en proposant quelques accessoires hauts en couleur, www.dadadum.com


  • L’indéboulonnable mythe USM. Il n’est presque plus besoin de présenter la célébrissime marque d’étagères modulaires USM tant elle appartient depuis longtemps au patrimoine intemporel du design helvétique. Exemple parfait de suissitude alliant sobriété et fonctionnalité, la gamme a pris dernièrement un joli virage en développant une série de rangements composée de différentes boîtes en feutre. Une touche de douceur dans un monde de rigueur en somme, www.usm.com


  • Le plan simple d’Embee. Souvent, l’étagère résulte d’un raisonnement mathématique. Comment faire le mieux tout en prônant le plus – la capacité par exemple – ou le moins – soit la quantité de matériau…. Avec Simplan, les Winterthourois d’Embee proposent un système quasi réduit à son squelette, à son essence pourrait-on dire. Constituée de planches de 6 mm d’épaisseur qui lui confèrent une finesse visuelle certaine, cette étagère surprend par une grande stabilité malgré l’impression qui se dégage de son apparence gracile, voire équilibriste, très « flamant rose » dans sa base, www.em-bee.ch



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