ÉMAÉ STUDIO
Dans chaque numéro d’Espaces contemporains, la décoratrice suisse Élodie Raneri (J’aime pas les dimanches) partage l’un de ses coups de cœur. Dans ce numéro, elle nous emmène à la rencontre de Nadia Studer, fondatrice d’ÉMAÉ STUDIO. À travers une collection de vaisselle en émail pensée pour les enfants, la designer suisse revisite un matériau ancestral et fait de la table un espace de partage, de transmission et d’émerveillement.
Différentes pièces issues de la collection Mirari d'Émaé Studio
Designer et mère de deux garçons, Nadia Studer a fondé ÉMAÉ STUDIO à partir d’un constat simple : les objets du quotidien méritent autant d’attention que les pièces de design. Si l’aventure a commencé avec une vaisselle pensée pour ses enfants, la marque développe aujourd’hui un univers de table destiné à tous, où fonctionnalité, couleur et esthétique dialoguent naturellement.
À première vue, l’émail évoque un autre temps. Les casseroles suspendues dans la cuisine des grands-parents, les brocs à lait, les assiettes des repas en plein air. Un matériau robuste, familier, presque oublié. Nadia Studer, elle, y voit tout autre chose : une matière profondément contemporaine, capable de répondre à nos envies de simplicité, de durabilité et de beauté.
Avec ÉMAÉ STUDIO, la designer suisse ne cherche pas seulement à remettre l’émail au goût du jour. Elle interroge notre rapport aux objets qui accompagnent les gestes les plus ordinaires. Pourquoi la vaisselle des enfants serait-elle forcément en plastique ? Pourquoi les objets du quotidien devraient-ils être purement fonctionnels ? Et si la beauté trouvait justement sa place dans les usages les plus simples ?
Ces questions, Nadia Studer ne se les est pas posées dans un studio de création, mais autour de sa propre table. C’est là, au rythme des repas en famille, qu’est née l’idée d’ÉMAÉ STUDIO. Une marque qui défend un design pensé pour durer, traverser les générations et accompagner les instants partagés.
Portrait de la famille Studer
Fabrication de la collection d'ÉMAÉ STUDIO
Une marque née de la maternité
Comme souvent, les plus grandes transformations commencent par une expérience intime. Pour Nadia Studer, celle de la maternité.
L’arrivée de ses deux garçons bouleverse son quotidien, mais aussi son regard de designer. Les objets qui peuplent la maison ne sont plus seulement observés sous l’angle de leur forme ou de leur fonction ; ils deviennent des compagnons de vie, manipulés chaque jour, transmis, parfois malmenés, toujours chargés d’affect.
« Être mère a complètement changé mon regard. Mon corps, mes pensées, mes relations… J’ai commencé à remarquer des détails qui m’échappaient auparavant. Le regard devient à la fois plus large et plus précis. »
Très vite, elle découvre une offre abondante de produits destinés aux enfants. Silicone, plastique, bambou, bioplastiques… Les alternatives ne manquent pas. Pourtant, quelque chose la dérange. Beaucoup de ces objets répondent à une logique de consommation rapide. Ils vieillissent mal, s’abîment, se déforment ou finissent au fond d’un placard après quelques années d’utilisation.
« Je ne trouvais pas d’objets qui réunissaient tout ce qui me semblait essentiel : la sécurité, la fonctionnalité, mais aussi une véritable qualité esthétique. »
Cette recherche l’amène à redécouvrir un matériau presque oublié des jeunes générations : l’émail.
Sa résistance, son inertie, sa longévité la convainquent immédiatement. Mais son image reste prisonnière d’un imaginaire nostalgique.
« Le matériau nous a convaincus tout de suite. Son apparence, beaucoup moins. Nous avons compris qu’il fallait raconter une autre histoire. »
C’est précisément cette histoire que raconte aujourd’hui ÉMAÉ STUDIO. Non pas celle d’un retour en arrière, mais celle d’une matière qui retrouve toute sa pertinence dans nos modes de vie contemporains.
Différentes pièces issues de la collection Mirari d'Émaé Studio
Assiette de la collection Mirari d'Émaé Studio
Réhabiliter un matériau d’avenir
Avant de devenir un objet domestique, l’émail ornait déjà les bijoux et les pièces d’orfèvrerie de l’Antiquité. Plus tard, il s’est imposé dans les cuisines pour ses qualités hygiéniques et sa résistance exceptionnelle. Puis le plastique est arrivé, reléguant progressivement ce matériau ancestral au rang de souvenir.
Pour Nadia Studer, cette disparition est moins liée à ses qualités qu’à notre manière de consommer.
« Nous avons redécouvert un matériau qui a traversé les siècles. Non pas comme un vestige du passé, mais comme une réponse très actuelle à notre façon de vivre. »
Aujourd’hui encore, elle constate un étonnant décalage entre les générations. Les grands-parents reconnaissent immédiatement les qualités de l’émail. Les plus jeunes le découvrent parfois pour la première fois.
Cette transmission interrompue nourrit aussi la démarche d’ÉMAÉ STUDIO. Derrière chaque collection se cache l’envie de réhabiliter un savoir-faire sans tomber dans la nostalgie. L’émail n’est pas présenté comme un objet vintage, mais comme une matière capable de répondre aux enjeux contemporains : produire moins, produire mieux et créer des objets auxquels on s’attache durablement.
Car pour Nadia Studer, la véritable durabilité ne se résume jamais à une fiche technique. Elle commence par une question beaucoup plus simple : avons-nous envie de conserver cet objet pendant vingt ou trente ans ?
« Ce que l’on aime vraiment, on ne le jette pas. »
Mini mugs de la collection Mirari









