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Au-delà des médailles

27 Fév 2026

Les Jeux olympiques sont un moment de célébration et de rencontre autour du sport. Au-delà de la compétition, ils constituent également une fenêtre sur le monde, révélant les liens profonds entre design, architecture, environnement et société. L’édition hivernale, en particulier, suscite un enthousiasme planétaire sans précédent. Dans son sillage, le design et l’architecture agissent comme de véritables catalyseurs, amplifiant et transformant ce que l’événement révèle du rapport entre sport, territoire et société. La question ne se limite plus aux infrastructures sportives, mais s’étend aux récits, aux usages et aux héritages que cette dynamique est capable de produire.

 

Cortina dAmpezzo 1956 Winter OG, Ski jumping, K90 individual (70m) Men - Arthur Donovan DEVLIN (USA). 1956 / Fotografia Zardini Ikonos

Une œuvre de la collection du Musée olympique de Lausanne, présentée dans le parcours dédié aux Jeux de Milano Cortina 2026, qui explore l’histoire et les performances de l’Italie aux Jeux olympiques

 

Un catalyseur de changement

L’impact des JO sur la morphologie des villes n’est plus à démontrer. Parmi les exemples récents les plus éloquents, Paris fait figure de référence: les Olympiades ont servi de levier pour des interventions
structurelles sur l’espace public, la mobilité et l’accessibilité — des transformations que le calendrier ordinaire de la ville n’aurait sans doute jamais permis d’accomplir. Milan, elle, semble encore hésiter. Milano-Cortina 2026 — dont les épreuves olympiques se sont tenues du 6 au 22 février, avant que le flambeau ne passe aux Jeux paralympiques du 6 au 15 mars — offre un tableau plus contrasté. Les projets y apparaissent sporadiques, parfois davantage symboliques que systémiques. L’intervention la plus significative reste la requalification de la gare Porta Romana, reconvertie en village olympique le temps des Jeux, avant de trouver une seconde vie en résidence étudiante.

 

Cette approche fondée sur le réemploi et la requalification urbaine s’impose comme une nécessité dans les territoires de montagne, dont la fragilité appelle des interventions pensées sur le long terme. C’est précisément dans cette perspective que s’inscrit Milano Cortina Cultural Olympiad 2026. Né avec l’ambition de construire un héritage durable, le programme culturel déploie expositions, projets artistiques et événements conçus pour survivre à l’effervescence des Jeux — et pour nourrir une réflexion collective, profonde et continue, sur le futur des villes comme des montagnes.

 

© Photo by Nate Athay, courtesy of the athlete

Ghanaian athlete Akwasi Frimpong with his skeleton, 2024.

 

Le design comme vecteur

Dans le contexte des Jeux milanais, le design s’affirme naturellement comme médiateur entre sport, territoire et communauté. Mais derrière l’effervescence de l’événement se profile un arrière-plan autrement plus préoccupant: la crise climatique. Le réchauffement affecte les Alpes avec une brutalité particulière — les températures y augmentent deux fois plus vite que la moyenne mondiale — et pose avec urgence la question de l’avenir de la montagne et de la durabilité même des sports d’hiver. Une contradiction que les Jeux ne peuvent plus se permettre d’ignorer. C’est précisément cette zone de tension qu’explore l’exposition «White Out» de Konstantin Grcic à la Triennale Milano, interrogeant la capacité du design à opérer dans des environnements hostiles, instables et en mutation. Le sport y apparaît comme un terrain d’expérimentation à part entière — un laboratoire où s’inventent de nouvelles réponses matérielles, techniques et culturelles. Les Jeux paralympiques en offrent l’illustration la plus vertueuse: l’inclusion y devient un levier d’innovation dont les bénéfices rayonnent bien au-delà du cercle sportif, jusqu’à irriguer l’ensemble de la société. Dans le sport, le design trouve ainsi un terrain fertile pour expérimenter, repousser les limites et, surtout, inventer de nouveaux récits.

 

Collaboration entre Edra et le CONI (Comité olympique national italien) pour Casa Italia, Grinza White, des Frères Campana

 

Un enjeu de communication

Le design devient également langage diplomatique, outil de soft power et instrument de storytelling national — et les maisons de représentation des délégations en sont l’expression la plus manifeste. Véritables ambassades temporaires, ces espaces exploitent le lien étroit entre art, design et culture pour construire un narratif national cohérent et soigneusement orchestré. House of Switzerland incarne cette ambition avec rigueur: précision technique, durabilité et recherche matérielle y sont célébrées comme autant de marqueurs de l’innovation helvétique, transformant le pavillon en véritable vitrine d’un savoir-faire national. Casa Italia, portée par le CONI, emprunte une voie plus sensible, tissant le subtil trait d’union entre art, design et cuisine italienne — fraîchement promue au rang de Patrimoine immatériel de l’Unesco — pour projeter une image de l’Italie contemporaine à la fois précise et séduisante. Lire les Jeux olympiques à travers le prisme du design, c’est en saisir une dimension autrement plus profonde. L’événement sportif mondial se révèle alors ce qu’il est véritablement : un puissant dispositif culturel, capable de mettre en relation identités, territoires et visions du futur.

 

© Dylan Perrenoud

Dans ses trois sites à Milan, Cortina et Bormio, la House of Switzerland Italia 2026 a proposé la diffusion des Jeux sur grand écran, un programme d’événements et des expériences culinaires inspirées par l’innovation helvétique. À Milan, le Centro Svizzero s’est transformé en jardin alpin urbain grâce à Flora Alpina, le projet poétique du studio genevois BUREAU (Daniel Zamarbide, Carine Pimenta, Galliane Zamarbide), mêlant design, nature et créativité, et évoquant la culture alpine reliant la Suisse et l’Italie. Modules colorés, motifs lumineux et caissons photographiques présentant l’œuvre de Dylan Perrenoud ont créé un univers où 140 fleurs en pot dialoguaient avec des roches et des fragments floraux. Éphémère mais généreux, ce jardin méditatif et festif a célébré l’esprit olympique, invitant à flâner, à partager et à observer le monde végétal comme un fragment du monde.

 

Pour célébrer les dix ans de collaboration entre Edra et le CONI (Comité olympique national italien) pour Casa Italia, Grinza White, des frères Campana, voit le jour: une édition spéciale du fauteuil emblématique, réalisée à la main en fausse fourrure blanche. Chaque exemplaire, pièce unique dédiée à Casa Italia Milano Cortina 2026, est signé d’une plaque en laiton. Les formes iconiques et enveloppantes de Grinza s’harmonisent parfaitement avec la fourrure, évoquant les paysages de montagne, la chaleur d’un chalet et le manteau de la faune alpine, conférant à l’objet un puissant pouvoir évocateur.

 

En vidéo — Bianca Patrone Griffi nous ouvre les coulisses du projet EDRA pour Milano Cortina 2026.

 

 

 



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