Deco

Une maison-atelier dans les Pouilles

06 Juil 2026

Sous le soleil des Pouilles, entre champs d’oliviers séculaires et murs en pierre sèche, la céramiste belge Delphine Bekaert a réinventé sa vie. À Serranova, en plein cœur de la campagne apulienne, elle redonne souffle à une ancienne ferme en ruine, métamorphosée en une maison-atelier profondément singulière, où souffle l’esprit d’un art de vivre lent, poétique et habité par la mémoire des pierres. Entre les murs voûtés et les volumes reconstruits se tisse un dialogue subtil d’où émane une identité forte. Un lieu à l’image de sa créatrice : libre, intuitif, habité par l’art et la matière. Entre patrimoine méditerranéen et élégance minimaliste, cette demeure raconte un choix de vie plus qu’un simple projet architectural.

 

© Helenio Barbetta/Living Inside

Niché dans les oliviers et les cactées, un petit coin de paradis propice à l’inspiration.

 

En pleine campagne de Serranova, non loin de Carovigno, une maison blanche se détache avec discrétion dans le paysage sculpté d’oliviers centenaires. Sobre et magnétique, elle abrite l’univers singulier de Delphine Bekaert, céramiste et ancienne galeriste belge, qui a fait de cette ancienne ferme délabrée un écrin de beauté brute. Lorsque Delphine découvre, en 2015, cette bâtisse à demi effondrée, c’est un coup de foudre. La façade, encore debout malgré le toit disparu et les gravats accumulés, suffit à éveiller en elle le désir de renaissance. « Je cherchais une maison avec une histoire », confie-t-elle. À ses côtés, Jan Hoet Jr., alors son compagnon et cofondateur de la galerie Hoet-Bekaert à Gand, imagine un projet architectural mêlant respect du passé et vision contemporaine.

 

© Helenio Barbetta/Living Inside

La longue piscine de nage est entourée d'oliviers centenaires.

 

Le chantier, ambitieux, implique une quasi-reconstruction. Le volume supérieur, alors à ciel ouvert, est rebâti ; les toits, les intérieurs et la distribution des pièces sont repensés. Seules les voûtes historiques et certaines hauteurs sous plafond sont préservées, comme un socle inaltérable à la créativité. Le reste ? Entièrement repensé. Les lignes sont franches, les volumes amples, la lumière circule, glisse et se pose sur des matières naturelles, révélant une simplicité sophistiquée. « Je voulais une maison juste, adaptée à une vie à deux, ma fille Lucy et moi », explique Delphine. Et l’on sent, dans chaque recoin, l’équilibre trouvé entre intimité et ouverture.

 

© Helenio Barbetta/Living Inside

La façade principale conservée dans son état d’origine. Une statue ancienne dénichée à Gand veille au-dessus de la porte. Tables vertes Ikea.

 

La distribution des espaces illustre cette quête d’essentiel : une grande cuisine ouverte sur le salon, une chambre à coucher, une pièce avec cheminée et télévision dédiée à la détente, une salle de bains et, sur la mezzanine, une chambre en terrasse pour Lucy. À cela s’ajoute un univers souterrain insoupçonné : les caves voûtées taillées dans la pierre, autrefois utilisées comme étables pour les brebis, ont été transformées en atelier de céramique. C’est ici, dans ces cavités aux murs nus, que naît la collection D E L F I N. Delphine y façonne à la main des pièces uniques, empreintes d’une poésie organique, loin de toute perfection glacée. « Je crois que la beauté réside dans les légères imperfections », affirme-t-elle. Deux fours imposants, quelques assistantes complices et beaucoup de silence habité suffisent à nourrir une production lente, exigeante et intuitive. Un luxe assumé, à contre-courant de la cadence effrénée du monde.

 

© Helenio Barbetta/Living Inside

Discret et fonctionnel, l’escalier vers l’atelier s’intègre aux lignes de la cuisine.

 

© Helenio Barbetta/Living Inside

Lit boîte noir fabrication maison inspirée par Donald Judd.

 

© Helenio Barbetta/Living Inside

L’atelier souterrain, berceau de la collection D E L F I N.

 

Le décor intérieur de la maison est à l’image de son occupante : instinctif, exigeant et intime. Ici, une chaise orange et blanche signée TODOMODO côtoie un miroir-bougeoir de Maison Martin Margiela. Là, une œuvre de Dirk Braeckman dialogue avec une céramique signée DELFIN. Chaque objet raconte un fragment de vie ou un souvenir glané à Bruxelles, Ostuni ou Gand. L’art n’est jamais ostentatoire : il se fond dans l’espace et crée une harmonie discrète. « J’ai décoré sans plan, juste à l’intuition », confie-t-elle. Dans la maison comme dans l’atelier, tout respire la cohérence d’une vie choisie. Chaque objet semble avoir trouvé sa place avec justesse, sans effort ni démonstration. Le jardin et la piscine, lovés entre oliviers et pierres sèches, prolongent cette atmosphère de sérénité libre. Même Lucy y a trouvé son royaume : une cabane perchée dans un arbre, refuge d’enfance au cœur d’un paysage millénaire.

 

© Helenio Barbetta/Living Inside

Un coin détente qui se fond dans l’espace extérieur.

 

© Helenio Barbetta/Living Inside

Des niches ouvertes dans le mur abritent la vaisselle.

 

© Helenio Barbetta/Living Inside

Baignoire personnalisée, accessoirisée d’un bougeoir de chez Clouds9000 (Gand).

 

Loin de l’agitation du monde de l’art, Delphine a trouvé ici une forme de paix. « C’était un changement radical. Mais j’avais besoin de ralentir, de me recentrer. » De cette parenthèse née d’un désir de simplicité et de création est née une œuvre à part entière : une maison, comme un geste d’artiste posé dans la lumière du sud, où chaque détail raconte le choix d’un mode de vie profondément libre.

 

© Helenio Barbetta/Living Inside

Lucy dans sa cabane perchée dans les oliviers géants.

 

© Helenio Barbetta/Living Inside

Delphine et sa fille Lucy devant leur maison.

 



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