Deco

Une joyeuse partition chromatique

30 Avr 2026

Perché au faîte d’un bâtiment cossu du 17e arrondissement, l’appartement de Tiphaine Verdier respire la joie chromatique. Dans ce duplex haussmannien de 120 m², la créatrice a orchestré un ballet de couleurs, de matières et d’émotions. Loin du minimalisme blanc qui dominait à son arrivée, elle a composé un intérieur vibrant, empreint de féminité et de fantaisie, où chaque pièce raconte une histoire. Inspirée par ses années londoniennes, Tiphaine revendique une esthétique audacieuse: un art de vivre qui mêle excentricité britannique, savoir-faire artisanal et poésie française. Chez elle, le design devient un langage intime, un manifeste joyeux qui célèbre la couleur comme vecteur d’énergie vitale. Les nuances s’y répondent comme des notes de musique, les objets dialoguent entre passé et présent, et chaque détail révèle une intention: celle de faire de son intérieur un lieu sincère et habité, où l’esthétique se met au service du quotidien.

 

© Ramona Elena Balaban / Living Inside - parution EC5/25

Le canapé iconique Sandra d’Annie Hiéronimus pour Cinna, Ligne Roset, années 1970

 

Sous les moulures et les combles d’un immeuble haussmannien, Tiphaine Verdier a trouvé son ciel. «Je voulais une maison dans les nuages», confie-t-elle en souriant. Son duplex, situé aux deux derniers étages, offre cette impression rare d’habiter la lumière.
Grâce à une approche audacieuse des teintes, Tiphaine a transformé ce qui était autrefois une ardoise blanche en un écrin de nuances et de textures, à la fois théâtral et accueillant.

 

 

© Ramona Elena Balaban / Living Inside - parution EC5/25

Extérieur de l’immeuble haussmannien abritant l’appartement de Tiphaine

 

Lorsqu’elle est entrée pour la première fois dans l’appartement, c’était le rêve d’un minimaliste – ou le cauchemar d’une amoureuse de la couleur. «Tous les murs étaient blancs», se souvient-elle. Mais Tiphaine, décoratrice d’intérieur et designer de mobilier, a vu le potentiel de l’agencement unique du duplex,
avec une séparation claire entre les espaces de jour et de nuit. Avec son œil vif et son amour du design audacieux, elle n’a pas perdu de temps, et, en l’espace de quatre mois, l’endroit était méconnaissable. La couleur, chez Tiphaine, n’est pas un effet mais un langage. «Elle traduit des émotions, elle structure l’espace comme la musique structure le silence», explique-t-elle. Dans le salon – son territoire favori – elle a osé un dialogue entre le rose saumon et le jaune vif. L’association, inattendue, diffuse une chaleur enveloppante, presque solaire. Les assises vintage, les tapis scandinaves et les luminaires japonais
dialoguent dans une harmonie joyeusement orchestrée.

Ici, la douceur n’exclut pas l’énergie; elle s’en nourrit. Cette liberté chromatique, Tiphaine la cultive depuis son passage à Londres. Huit années dans la capitale britannique ont laissé leur empreinte: un goût pour l’excentricité assumée, le mélange des genres, l’humour décoratif. «Les Anglais n’ont pas peur d’oser. J’ai adopté cette audace comme une signature», raconte-t-elle. Cette influence est évidente dans l’utilisation de motifs audacieux et dans l’adoption d’éléments éclectiques et fantaisistes. Son label, Les Causeuses, en est la prolongation naturelle : une marque d’objets et de mobilier vintage revisités, fabriqués au Portugal dans une démarche artisanale et responsable. Lampes, fauteuils, coussins… chaque pièce célèbre la couleur comme moteur de bonne humeur et allie une esthétique ludique à des matériaux de haute qualité.

 

 

© Ramona Elena Balaban / Living Inside - parution EC5/25

Table basse Willy Rizzo, suspension boule japonaise HK Living, bibliothèque basse sur mesure, tapis Nordic Knots.

 

© Ramona Elena Balaban / Living Inside - parution EC5/25

Vue du salon côté rue avec les fauteuils roses Alky par Piretti. Lampadaire à feuilles de Ginkgo par Carlo Giorgi pour Bottega Gadda, Italie, années 1970.

 

Loin des dictats du minimalisme, Tiphaine revendique une esthétique narrative. Chaque recoin de son appartement raconte un fragment de son histoire: un fauteuil Willy Rizzo chiné, une tapisserie d’Aubusson héritée, un lampadaire aux feuilles de laiton signé Carlo Giorgi. On y sent la collectionneuse autant que la créatrice. «J’ai grandi entre les musées et les marchés aux puces», se souvient-elle. Diplômée du Studio Berçot, elle a d’abord exploré la mode avant de se tourner vers la décoration, un territoire plus intime mais tout aussi expressif.

 

 

© Ramona Elena Balaban / Living Inside - parution EC5/25

Derrière le canapé jaune Knoll, lampadaire vintage Roche Bobois

 

Dans la salle à manger, un plateau d’onyx rose signé Les Causeuses répond à un luminaire suspendu de couleur poudrée. Les murs, eux, oscillent entre vert céladon et rose crépusculaire ; la lumière parisienne y glisse comme sur un décor de théâtre. Plus loin, la cuisine mêle mobilier vintage et touches pop: un tabouret rouge signé India Mahdavi, un buffet japonais repeint, une toile florale de Martin Jarrie. L’ensemble compose une partition chromatique précise,
mais jamais figée.

 

 

© Ramona Elena Balaban / Living Inside - parution EC5/25

Vue de la salle à manger: table en onyxrose signée Les Causeuses; chaises par Willy Rizzo; suspension rose par Made by Hand

 

© Ramona Elena Balaban / Living Inside - parution EC5/25

Une élégance parisienne mêlant verts sophistiqués, œuvres délicates et esprit classique revisité.

 

© Ramona Elena Balaban / Living Inside - parution EC5/25

Détail de la cuisine avec la table et un tabouret vintage. Tabouret rouge d’India Mahdavi pour Monoprix. Meuble japonais vintage recouvert par Tiphaine. Tableau fleur Martin Jarrie

 

Le soir, l’étage se fait plus feutré. Les tons pastel se mêlent à des matières naturelles: lin, bois, laiton poli. Un grand miroir rond, dessiné par Les Causeuses, reflète la douceur de la lumière. L’ambiance y est apaisante, sans jamais sombrer dans la neutralité. Tiphaine a trouvé l’équilibre entre exubérance et sérénité – un exercice d’orfèvre qu’elle semble mener avec instinct.

 

 

© Ramona Elena Balaban / Living Inside - parution EC5/25

Entrée de la chambre à coucher avec le banc et l’applique murale Les Causeuses.

 

© Ramona Elena Balaban / Living Inside - parution EC5/25

Dans la chambre principale, linge de lit vintage et appliques de chevet trouvées sur Etsy

 

© Ramona Elena Balaban / Living Inside - parution EC5/25

Vue de la chambre à coucher avec une armoire rose vintage, fauteuil à fleurs par Willy Rizzo pour Cinna, tableaux chinés aux puces.

 

À 51 ans, Tiphaine vit dans ce havre de paix et de gaieté avec ses deux adolescents, prouvant ainsi qu’un design audacieux peut être à la fois adapté à la famille et source d’inspiration. Son appartement est plus qu’un simple espace de vie; c’est un témoignage du pouvoir de la couleur, de la créativité et d’une approche intrépide de la conception. Comme le dit Tiphaine, «créer des environnements colorés et joyeux est ma mission». Et dans ce refuge suspendu au-dessus de Paris, elle a réussi ce pari.

 

 

© Ramona Elena Balaban / Living Inside - parution EC5/25

Tiphaine devant la porte du salon.

 



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