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Le réveil d’un palazzo napolitain

15 Jan 2026

Dans un palais néoclassique de Naples, autrefois princier et longtemps endormi, l’architecte Antonio Martiniello a réinventé un lieu de vie et de création. Entre mémoire aristocratique et révolution spatiale contemporaine, cette demeure historique abrite aujourd’hui son atelier d’architecture.

 

© Nathalie Krag/Living Inside

Dans le salon, canapé On the Rocks de Edra recouvert de tissu Chanel. Fauteuils Bambole de Mario Bellini pour B&B avec tissu original de 1978. Table basse conçue par l’architecte.

 

Nous sommes à Naples, dans un palais princier datant de 1690, rénové une première fois dans les années 1800, inhabité pendant plus de 90 ans et renaissant grâce à l’intervention de l’architecte Antonio Martiniello. Derrière l’imposante façade néoclassique se dissimule l’histoire d’une maison au passé illustre. Les souvenirs et les témoignages qui ont survécu au temps ornent la cour intérieure arborant le blason de la famille Ruffo di Castelcicala: Nunquam retrorsum (ne jamais reculer) ; telle est la devise qui surplombe l’escalier en roche Piperno menant à l’étage noble. Les indices de ce passé aristocratique ont permis à l’architecte d’opérer une authentique révolution spatiale en accord avec l’esprit du lieu. Aujourd’hui, la maison est le siège de Keller Architecture.

 

 

 

© Nathalie Krag/Living Inside

Le Palazzo Ruffo di Castelcicala a conservé intacte l’architecture de l’époque.

 

Sur la Via Foria, autrefois voie princière, l’atmosphère du palazzo 18e continue d’incarner l’histoire. Les pièces abritent des trésors, comme une extraordinaire bibliothèque suspendue, des fresques et des papiers
peints à la main. Un décor figé pendant près d’un siècle auquel Antonio G. Martiniello a redonné vie. Connu pour ses réalisations épurées et ses jeux de lumière, l’architecte souhaitait que les interventions soient le moins envahissantes possible. Il a fait restaurer fresques, carrelages et parquets dans les règles de l’art et n’a ajouté de la technologie moderne que lorsque cela était strictement nécessaire. Entre ces murs chargés d’histoire, œuvres d’art, design et mobilier vintage dialoguent en harmonie. Maison et atelier ne faisant qu’un, cet univers privé-professionnel est un foyer effervescent où circulent librement famille et amis, architectes, artisans et artistes du monde entier. Autant de rencontres fécondes propices à générer de nouveaux projets.

«Mon atelier, comme ma maison, est un lieu ouvert à l’échange culturel et à la confrontation créatrice. Dans une ville comme Naples, il est stimulant de développer un langage architectural dynamique. Innover, pour moi, c’est récupérer la mémoire historique d’un lieu, d’une maison, et la projeter dans l’avenir de la modernité. Je vois le passé, le présent et le futur comme un continuum linéaire.»

 

© Nathalie Krag/Living Inside

L’architecte Antonio Martiniello.

 

Marier l’ancien et le contemporain

 

Selon la philosophie de l’architecte, il est clair que le patrimoine culturel ne peut être momifié; il doit être intégré, réhabilité et relié à l’espace vécu. Ce concept prend ici toute sa signification, par exemple, dans la
chambre chinoise, née d’une intervention mettant en évidence le thème de la continuité et la relation entre l’ancien et le contemporain. La résidence-atelier naît en fait de la somme de deux espaces, décorés au 19e siècle avec diverses techniques et aujourd’hui idéalement unifiés par un signe graphique contemporain: un fil orange en tissu. L’intérieur décline ce code partout. Les environnements ainsi interconnectés se succèdent
comme un récit dans lequel la mémoire historique, le design, l’art et la technologie activent les échanges et les interactions, se fondant les uns dans les autres. De la salle du paon au salon rouge Pompéi, de la toute récente chambre chinoise à la bibliothèque, les différentes ambiances s’enchaînent et offrent à chaque fois une lecture qui jamais ne trahit l’esprit des lieux. Le côté suspendu dans le temps, sans surcharge et avec des finitions extraordinaires a été pensé dans les moindres détails.

 

  • © Nathalie Krag/Living Inside

    La façade néoclassique de ce palais apparaît dans de célèbres films.

  • © Nathalie Krag/Living Inside

    L’atelier de l’architecte. Au plafond, décorations orientales de la seconde moitié du 19e siècle. Table Tecno d’Osvaldo Borsani, 1958. Lampe de Charles Eames. Œuvre en néon des artistes anglais Fischerspooner.

  • © Nathalie Krag/Living Inside

    Les portes en plexiglas rouge mènent à la cuisine.

  • © Nathalie Krag/Living Inside

    Dans la cuisine, table et chaises Fiarm.

  • © Nathalie Krag/Living Inside

    Chambre à coucher de la résidenceatelier pour jeunes artistes. Au mur, œuvre de Mario Pellegrino.

Fonctionnalité et élégance

 

La richesse chromatique intense et enveloppante – en parfaite harmonie avec les surfaces d’origine qui ont survécu à la période d’oubli – et les nouveaux revêtements des autres surfaces, permettent d’ennoblir toutes
les pièces. La savante attention apportée à la définition des couleurs et à l’éclairage a rendu les espaces encore plus accueillants, fonctionnels et élégants.

Le papier peint, détérioré et décollé par le temps, reprend vie et rayonne; les décorations orientales de la salle du paon et du papillon révèlent des histoires et des anecdotes d’un passé riche en culture. Selon la mode de l’époque, chaque pièce devait avoir une décoration spécifique, et ce qui a survécu à la patine des années restitue la subtilité des techniques anciennes du 19e siècle qui imitaient le bois ou le marbre. L’art sous toutes ses formes relie ces pièces ouvertes et communicantes : des œuvres de Harry Pearce, de Roxy Rose, Salvino Campos, Andrea Anastasio, Ryan Mendoza, Fischerspooner et Alberto Tadiello côtoient de rares pièces de mobilier d’époque comme le bureau hollandais à abattant ou le miroir en bois sculpté de l’entrée. Ici, dans une atmosphère très créative, le design explose également. Des pièces de production industrielle, d’autres délicatement ouvragées ainsi que des icônes vintage dialoguent dans un langage intemporel. L’architecture a commandé, mais dans un juste équilibre, réveillant avec délicatesse ce palais endormi.

 

  • © Nathalie Krag/Living Inside

    La salle de réunion avec ses fresques sur papier d’époque. Autour de la table Pallucco, chaises Verner Panton. Lampe Erco. Bibliothèque murale Pallucco Italia. Sculpture «Skull» d’Anna Fusco.

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    Table dessinée par l’architecte, chaises en fibres de verre des années 60 et fauteuils en éco-cuir et résine des années 70. Au mur, œuvre d’Alberto Tadiello.

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    Dans la salle de prototypage, tables de travail en fer et en caoutchouc conçues par l’architecte. Lampe de table Tizio, Artemide. Chaises vertes, Bieffeplast.



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