Architecture

Lumière sur les étoiles de l’architecture japonaise

20 Jan 2022

Plus légère, plus modulaire, plus sensible à la beauté de l’ombre et de la transparence, plus consciente de l’impermanence du bâti… L’architecture japonaise envoûte le monde depuis le début du XXe siècle. Elle influença les grands protagonistes occidentaux de la modernité et fut, plus tard, largement récompensée par le Pritzker qui équivaut au prix Nobel de l’architecture. On trouve, du reste, en Suisse plusieurs bâtiments emblématiques de l’architecture japonaise. Voici ce que nous réservent en 2022 cinq stars de l’architecture nippone.

 

Le Pays du Soleil levant manifeste un goût incontestable pour l’architecture inventive. Cela tient peut-être à l’exemple de leurs nombreux aînés (Kenzo Tange, Arata Isozaki, Fumihiko Maki, Kunio Maekawa, etc.) qui ont frayé leur chemin dans d’autres pays, tout en gardant un esprit original.

 

Il est vrai aussi que certains Japonais ont envie de vivre dans une maison inattendue et font confiance à des architectes qui ont souvent tendance à briser les règles et à chercher de nouvelles formes. Une prise de risque soutenue par la réalité économique: les villes japonaises encouragent l’innovation à petite échelle car le moindre terrain vaut son pesant d’or.

 

Reste, en tous cas, qu’émerge de ce pays une force créative tout à fait enviable. Avec sept lauréats depuis 1979, le Japon est le deuxième pays le plus honoré par le Prix Pritzker, après les Etats-Unis. Sans compter qu’aux quatre coins du monde, on s’arrache les têtes d’affiche de l’architecture nippone pour construire des bâtiments qui frappent les esprits.

 

À suivre, quelques noms incontournables sur la scène internationale ainsi qu’un aperçu de leurs nouveaux projets.

 

 

1/ L’agence Sanaa (lauréat Pritzker 2010)

L’agence japonaise Sanaa est pilotée par une femme, Kazuyo Sejima et un homme, Ryue Nishizawa. Leur œuvre se caractérise par une recherche pour faire disparaître la matière, trouver une nouvelle finesse et inventer un équilibre inédit entre puissance et délicatesse.

 

Parmi leurs bâtiments emblématiques, le nouveau Musée d’art contemporain de New York (2002) et le Rolex Learning Center, un bâtiment inauguré en 2010 sur le site de l’EPFL (Lausanne). S’ajoutent le Musée Louvre-Lens dans le nord de la France (2012) et le magasin Samaritaine qui ouvert à Paris en 2021.

 


  • Ryue Nishizawa et Kazuyo Sejima de l’agence SANAA.


  • Le nouveau Musée d’art contemporain de New York.

  • Architectes japonais. Rolex Learning Center, Sanaa © DR

    Rolex Learning Center.

  • © Jansen AG / Florian Kleinefenn

    La Samaritaine, Paris.

     

L’agence SANAA en 2022

Parmi leurs projets à venir, une extension du Garage Museum of Contemporary Art (Moscou), une extension de la Art Gallery of New South Wales (AGNSW, Sydney) et le campus universitaire Bezalel Academy of Arts and Design (Jérusalem).

 

 

  • © SANAA/Garage Museum of Contemporary Art

    Extension du Garage Museum of Contemporary Art (Moscou).

  • © SANAA

    Bezalel Academy of Arts and Design.

  • © SANAA

    Extension de l’Art Gallery of New South Wales.

 


2/ Tadao Ando (lauréat Pritzker 1995)

Cet autodidacte aux 50 ans de carrière est peut-être le plus célèbre architecte japonais. Il a toujours essayé de créer des espaces sensibles et humains malgré une architecture stricte. Il emploie des formes géométriques simples (pour que l’homme se questionne sur des thèmes plus profonds), ponctuées de quelques intrusions irrationnelles (qui reflètent les imprévus de la vie). Ce maître du béton cultive plusieurs éléments caractéristiques dans son architecture: le recours à un seul matériau, l’utilisation de murs épais qui donnent un sentiment de force, l’intégration de la nature, la matérialisation de la lumière.

 

Parmi ses réalisations les plus célèbres, la colline de Bouddha et lÉglise sur l’eau toutes deux à Hokkaidol’Église de la lumière d’Ibaraki et un programme de bâtiments sur l’île de Naoshima. Ce programme comprend des chambres d’hôtel (Benesse House) et un musée d’art contemporain. Parmi les autres constructions emblématiques de Tadao Ando, on peut également citer le Poly Theater (Shangai), le Musée de sculpture sur pierre pour la Fondation Kubach-Wilmsen (Allemagne), le He Art Museum HEM de Shunde (Chine, 2020) et la transformation de la Bourse du commerce de Paris (2021).

 

  • ©Wikipedia

    Tadao Ando en 2004.


  • La colline de Bouddha à Hokkaido.

  • Architectes japonais. Benesse House de Tadao Ando © DR

    Programme de bâtiments sur l’île de Naoshima.

  • ©Museumsportal Rheinland-pfalz

    Le Musée de sculpture sur pierre pour la Fondation Kubach-Wilmsen.


  • Le He Art Museum HEM de Shunde.


  • Transformation de la Bourse du commerce de Paris.

Tadao Ando en 2022

Pour célébrer les 30 ans du programme de bâtiments sur l’île de Naoshima, Tadao Ando a prévu l’ouverture en 2022 d’un nouveau bâtiment nommé Valley Gallery.

 

©katsuyoshi yano

Île de Naoshima, Valley Gallery.

 

 

 


3/ Kengo Kuma (lauréat Pritzker 1987)

À plus de 60 ans, Kengo Kuma fait partie des architectes les plus célèbres de sa génération, notamment pour avoir imposer des matériaux naturels dans ses constructions à travers le monde: chêne, bambou, cèdre, mélèze, etc. Il est connu pour son engagement à réintroduire la nature dans la ville. Dans son œuvre, il a essayé d’utiliser la lumière et les matériaux pour développer de nouvelles sortes de transparence.

 

On doit notamment à Kengo Kuma, plusieurs bâtiments universitaires comme le Daiwa Ubiquitous Computing Research Building (2015), l’ArtLab situé sur le campus de l’EPFL à Lausanne (2016) et la résidence étudiante Grand Morillon de l’IHEID à Genève (2021). Parmi ses célèbres musées, citons le Folk Art Museum (Chine), l’Odunpazari Modern Museum (Turquie), le musée du design V&A Dundee (Écosse), le Kadokawa Culture Museum (Japon). On lui doit aussi La Grande Muraille de Bambou, une maison de verre face à la Grande Muraille de Chine (2002) et le Stade olympique de Tokyo (2019).

 


  • Kengo Kuma.


  • Daiwa Ubiquitous Computing Research Building.

  • Architectes japonais. ArtLab, Kengo Kuma © Michel Denance

    L’ArtLab, EPFL Lausanne.


  • Résidence étudiante Grand Morillon de l’IHEID à Genève.


  • Musée V&A Dundee (Écosse).


  • Stade olympique de Pékin.

Kengo Kuma en 2022

À l’horizon 2022-2023, l’architecte prévoit plusieurs projets d’ampleur, notamment l’agrandissement des jardins de la Fondation Gulbenkian (Lisbonne), le Parc des expositions de Strasbourg, un immeuble de loisirs spectaculaire dans le quartier Tolbiac-Chevaleret de Paris ou encore la gare Saint-Denis-Pleyel (toujours Paris).

 


  • Agrandissement des jardins de la Fondation Gulbenkian.


  • Parc des expositions de Strasbourg.


  • Immeuble du quartier Tolbiac-Chevaleret, Paris.


  • Gare Saint-Denis-Pleyel (Paris).

 


4/ Shigeru Ban (lauréat Pritzker 2014)

Shigeru Ban s’est fait connaître à l’international après avoir bâti une église en carton qui a remplacé en 2013 l’église anglicane de Christchurch (Nouvelle-Zélande), détruite par un tremblement de terre ayant fait 185 morts. Son architecture se démarque par l’économie de moyens et l’ingéniosité. Elle s’appuie sur les solutions high tech omniprésentes aujourd’hui.

 

Parmi ses bâtiments célèbres, citons le Centre Pompidou-Metz (France), le Tainan Art Museum ( Taïwan), le campus Swatch Omega de Bienne (Suisse), les bureaux de Tamedia (Zurich) et l’Aspen Art Museum (USA).

 


  • Shigeru Ban.

  • Architectes japonais. Eglise en carton © Bridgit Anderson/Shigeru Ban

    Église anglicane en carton de Christchurch.

  • ©Philippe Gisselbrecht/Office du Tourisme de Metz

    Philippe Gisselbrecht/Office du tourisme de Metz.


  • Tainan Art Museum ( Taïwan).


  • Campus Swatch Omega de Bienne.


  • Aspen Art Museum.

Shigeru Ban en 2022

De nombreux projets sont en cours de réalisation, parmi lesquels une gare de télécabines à Monaco, une tour géante en bois à Vancouver (Terrace House), un centre de méditation au-dessus des arbres nommé Dojo in the Air au Japon… Shigeru Ban continue également ses projets relatifs à l’habitat d’urgence au Kenya.

 

  • Artefactory Lab-Shigeru Ban

    Gare de télécabines à Monaco.


  • Terrace House, tour géante en bois à Vancouver.


  • Dojo in the Air à Hyogo (Japon).

 

 


5/ Sou Fujimoto

Pour beaucoup de francophones, le nom de Sou Fujimoto est associé à l’Arbre blanc, un étonnant immeuble d’habitation en forme de hérisson inauguré à Montpellier en 2019. Depuis ce coup de maître, il essaime des constructions aériennes partout en France: bâtiments à Paris, Nice et Rosny-sous-Bois, un projet d’urbanisme à Sète, un hôtel à Pézenas…

 

Bien avant, Sou Fujimoto s’était construit une solide réputation au Japon en bâtissant des maisons révolutionnaires. À l’image de la transparente House NA (Tokyo) ou d’une maison faite d’un empilement de longues pièces de bois (Final Wooden House à Ashikita). Il y a aussi bâti des immeubles de plus grande ampleur (comme le Shiroiya hotel de Maebashi).

 

Son vocabulaire formel inclassable – entre le naturel et ce qui est fait de la main de l’homme-  lui assure aujourd’hui une solide réputation au-delà des frontières du Japon et de la France. L’architecte a ainsi déjà construit un spectaculaire immeuble de co-living à New York nommé The Collective.

 

  • ©Wikipedia

    Sou Fujimoto.

  • ©SFA-NLA-OXO

    L’Arbre blanc, Montpellier. Un projet réalisé par Sou Fujimoto en collaboration avec Nicolas Laisné, Manal Rachdi (Oxo architectes) et Dimitri Roussel.


  • House NA.

  • Final Wooden House de Sou Fujimoto vue extérieur.© DA/CI Ano parue dans Espaces contemporains n°1/2010

    Final Wooden House.

  • ©Shinya-Kigure

    Shiroiya hotel de Maebashi

Sou Fujimoto en 2022:

Parmi les projets en cours de Sou Fujimoto se trouvent le Centre d’exposition de Shenzhen (Chine), le plus haut gratte-ciel du Japon (le Torch Tower de Tokyo), l’université au toit piétonnier d’ Hida Takayama  et  the House of Hungarian Music Museum (Budapest). Citons également, en Suisse, le Learning Center HSG de Saint-Gall.

 


  • Centre d’exposition de Shenzhen, réalisé en collaboration avec Donghua Chen Studio.


  • Torch Tower, Tokyo.


  • The House of Hungarian Music Museum.


  • Learning Center HSG, Saint-Gall.


  • The Hida Takayama University au Japon.



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