Architecture

Lumière sur les étoiles nippones

09 Août 2017

La qualité de la construction nippone n’a pas sa rivale en occident. Petite sélection d’architectes.

Le Japon compte beaucoup d’architectes inventifs. Cela tient peut-être à l’exemple de leurs nombreux aînés (Kenzo Tange, Arata Isozaki, Fumihiko Maki…) qui ont frayé leur chemin dans d’autres pays tout en gardant un esprit original. Il est vrai aussi que certains japonais ont envie de vivre dans une maison inattendue et font confiance à des architectes qui ont souvent tendance à briser les règles et à chercher de nouvelles formes. Une prise de risque soutenue par la réalité économique: les villes japonaises encouragent l’innovation à petite échelle car le moindre terrain vaut son pesant d’or.

Reste en tous cas que le pays du soleil levant manifeste un goût incontestable pour l’architecture inventive. Les habitués d’Omoté Sando, la grande avenue de Tokyo qui réunit toutes les grandes enseignes de la mode, savent bien qu’ils y verront des réalisations de grands bureaux à la mode tels que ceux d’Ando ou Sanaa.

A leurs côtés, émergent des talents prometteurs chez qui on retrouve les caractéristiques de l’architecture japonaise: la symbiose avec la nature, la transparence, la subtilité. Alors certes, le nom des architectes japonais dont il faut suivre l’actualité n’est pas toujours facile à retenir… Mais leurs réalisations marquent les esprits.

 

Terunobu Fujimori, la vision facétieuse

 

DR parue dans Espaces contemporains n°4-2009

Maison de thé Tetsu

 

Si beaucoup de ses confrères de apportent une touché de tradition à un schéma largement inspire par l’occident, Terunobu Fujimori, lui, fait l’inverse. Il puise dans le passé de son pays pour aboutir à une vision originale du présent.

La maison de thé, structure intimement liée à la tradition japonaise, reste un type de réalisation prisée par les architectes contemporains qui cherchent à en renouveler le genre. Fujimori, lui, crée des maisons de thé et  autres bâtiments qui paraissent de prime abord presque caricaturales dans leur adhérence stricte à la tradition. Mais avec son sens de l’humour et du détournement des apparences, il pose en réalité les mêmes questions que ses confrères. Pour lui, la modernité est plus profonde que l’apparence, fut elle a priori traditionnelle.

Exemple ci-dessus avec la maison de thé Tetsu commandée par le galeriste Chozo Yoshii et achevée en 2009. Son apparence évoque la maison d’un nain de conte de fées.

 

Sanaa, entre dislocation et disparition

 

Rolex Learning Center, Sanaa © DR

Rolex Learning Center, Sanaa

 

L’agence japonaise Sanaa est pilotée par une femme Kazuyo Sejima et
et un homme Ryue Nishizawa. Mondialement connu et reconnu, le duo a notamment été récompensé du Prix Pritzker, qui correspond au prix Nobel de l’architecture. Leur oeuvre se caractérise par une recherche pour faire disparaître la matière, trouver une nouvelle finesse et inventer un équilibre inédit entre puissance et délicatesse.

Parmi leurs réalisations, le Rolex Learning Center ci-dessus, un bâtiment inauguré en 2010 sur le site de l’EPFL et qui abrite une bibliothèque, des restaurants, des espaces de travail et un auditorium sur une surface de 20 000 m2. Les différents espaces sont recouverts d’une immense vague de béton. Les ondulations créent des espaces distincts sans qu’il soit nécessaire de les délimiter par des parois. Des patios contribuent à l’ouverture du bâtiment.

 

Kengo Kuma, la fusion entre nature et architecture

 

ArtLab, Kengo Kuma © Michel Denance

ArtLab, Kengo Kuma

 

A 62 ans, Kengo Kuma fait partie des architectes les plus reconnus de sa génération, notamment pour avoir imposer des matériaux naturels dans ses constructions à travers le monde: chêne, bambou, cèdre, mélèze…

Il explique ” Un lieu, c’est l’aboutissement du travail du temps et de la nature dit-il. Je pense que mon architecture encadre ces oeuvres, ce qui permet d’éprouver plus profondément et plus intimement la nature. La transparence  étant l’une des caractéristiques de l’architecture japonaise, j’essaie d’utiliser la lumière et des matériaux naturels pour développer de nouvelles sortes de transparence”.

On doit notamment à Kengo Kuma l’ArtLab ci-dessus, situé sur le campus de l’EPFL et inauguré en 2016. Ses 3360 m2 sont divisés en trois zones principales: le Datasquare, l’Espace de recherche et d’expérimentation muséale et le Montreux Jazz Café. Avec sa longue et ondulante structure porteuse en bois et acier, ses façades en bois et verre et sa toiture pliée en plaques d’ardoise, le bâtiment forme une sorte de serpent gris au centre de l’EPFL.

 

Shigeru Ban, une considération humanitaire

 

Eglise en carton © Bridgit Anderson/Shigeru Ban

Eglise en carton

 

Lorsqu’en 2014 les organisateurs du prix Pritzker ont donné à Shigeru Ban sa récompense, ils ont salué l’originalité, l’économie et l’ingéniosité ses travaux, qui s’appuient pas sur les solutions high tech omniprésentes aujourd’hui.

Shigeru Ban est surtout célèbre pour ses reflexions architecturales sur les situations d’urgence. Pour fair face aux séismes, il a notamment imaginé des maisons dont les murs seraient faits avec des meubles (rayonnages et placards), afin que ceux-ci ne tombent pas sur les habitants. On lui doit aussi de nombreuses structures temporelles.

Ci-dessus, une église en carton qui a remplacé en 2013 l’église anglicane de Christchurch (Nouvelle-Zélande) détruite par un tremblement de terre ayant fait 185 morts. Le bâtiment présente un profil triangulaire construit à partir de 98 tubes en carton de taille égale. Ceux-ci entourent une vitre colorée compose de plusieurs triangles.

 

Sou Fujimoto, en quête d’origines

 

Final Wooden House de Sou Fujimoto vue extérieur.© DA/CI Ano parue dans Espaces contemporains n°1/2010

Final Wooden House de Sou Fujimoto vue extérieur.

 

Final Wooden House de Sou Fujimoto vue de l’intérieur ©IWAN BAAN parue dans Espaces contemporains n°1-2010

Final Wooden House de Sou Fujimoto vue de l’intérieur

 

On doit à Sou Fujimoto de nombreux bâtiments, notamment des hôpitaux, des bâtiments privés et un pavillon de la Serpentine Gallery en 2013. Son vocabulaire formel (inclassable) s’inspire de quelque chose de primitif, entre le naturel et ce qui est fait de la main de l’homme. Exemple avec la Final Wooden House ci-dessus qui ne mesure que 22 m2.

Pour décrire cette réalisation, l’architecte évoque l’empilement “insouciant” ou “indifférent” de longues pièces de bois mesurant 350 mm en hauteur et en largeur. “J’ai imaginé la création d’une nouvelle spatialité, qui conserve les conditions harmonieuse existant avant que des fonctions et des rôles ne soient inventés” explique l’architecte. « Il n’y a ni murs, ni sols, ni plafonds dans cette maison, ce qui permet aux utilisateurs de se distribuer dans les trois dimensions de l’espace”. C’est ainsi que des sols deviennent des chaises, ce qui incite les visiteurs à penser le bâtiment d’une façon nouvelle .

 

Tadao Ando, la cohérence constructive

 

Benesse House de Tadao Ando © DR

Benesse House de Tadao Ando

 

Musée Lee Ufan de Tadao Ando © Shigeo Ogawa parue dans Espaces contemporains n°3-2012.

Musée Lee Ufan de Tadao Ando

 

Avec près de 45 ans de carrière derrière lui, et nombre d’œuvres largement récompensées, Tadao Ando est sans conteste une star de l’architecture nippone. Cet autodidacte a toujours essayé de créer des espaces sensibles et humains malgré une architecture stricte.

Il emploie de formes géométriques simples (pour que l’homme se questionne sur des thèmes plus profonds) ponctuées de quelques intrusions irrationnelles (qui reflètent les imprévus de la vie). Parmi les autres caractéristiques de son architecture: le recours à un seul matériau (en général le bois ou le béton), l’utilisation de murs épais qui donnent un sentiment de force, l’intégration de la nature, la matérialisation de la lumière.

Benesse House est l’ensemble des bâtiments bâtis sur l’Île de Naoshima par Tadao Ando. Ce programme, qui comprend quelques chambres d’hôtel et un musée d’art contemporain a été initié par l’affaire Soichiro Benesse il y a 25 ans. A ses côtés, l’architecte a construit  le Musée Chicu qui abrite des oeuvres de Monet et James Turrel. Mais sa dernière réalisation sur l’île est le musée Lee Ufan consacré à l’oeuvre de l’artiste coréen du même nom (photo ci-dessus).

 

 



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