Architecture

Le mayen, refuge du monde contemporain

09 Jan 2018

Symbole d’une identité solidement ancrée, le mayen est aujourd’hui l’archétype idéal de la retraite à la montagne. Une forme de « tiny house » valaisanne, mêlant architecture et patrimoine.

 

Le mayen, qu’il soit mazot, raccard ou grange selon sa fonction et sa localisation, est aujourd’hui un symbole d’identité valaisanne. L’idéal d’un « Sam’suffit » à l’alpage.

 

Historiquement, le mayen se situe entre 1000 et 2000 mètres d’altitude. Le grenier n’a plus sa place au village où il servait de coffre-fort aux habitants qui y stockaient céréales ou habits du dimanche, et s’en partageaient généralement la jouissance.

 

Dans le très bel ouvrage qu’il leur consacre, Réhabilitation de constructions rurales dans le Valais suisse (éd. Esail LAB), Pascal Bertrand de l’École supérieure d’architecture intérieure de Lyon relève que « toutes les données fonctionnelles bougent. Des besoins s’effacent, d’autres apparaissent, dans un mouvement général de substitutions. C’est un glissement temporel des usages, implacable, inexorable. » Et d’ajouter que ces différents types de bâtiments sont devenus « des coquilles vidées de leurs anciennes fonctionnalités, (…) dans l’attente d’une éventuelle reconversion ».

 

 

Thomas Jantscher

Le mayen se situe souvent dans des espaces contraints, comme ici à Albinen. Le parti pris architectural de ce type d’objets se fait en total respect avec ses qualités vernaculaires.

 

Le mazot bunkerisé

 

À la montagne, les lieux sont minimalistes, dépourvus de chichis et du trop-plein urbain… Le dernier étage fait office de dortoir, les matelas s’empilent en attendant le retour de ses locataires.

 

De jour, l’espace est à conquérir, esprit cabanes, de celles qu’on pourrait trouver au-delà de 3000 m et plus, mais adaptées à ces nouveaux habitants éphémères de la montagne, à la recherche de l’expérience sans les stigmates de la souffrance. Les années 1960 ont iconisé les motards d’Easy Rider, bienvenue ici dans celui des « easy randonneurs » !

 

À ce niveau, les constructions d’Olivier Cheseaux sont exemplaires (voir notre article sur les mayens d’Anako Lodge  destinés aux vacanciers). Si elles renouvellent la conception de l’hôtellerie alpine et sont le témoignage d’un amour profond du travail bien fait, elles représentent à la perfection la recherche d’un extrême aux petits oignons.

 

Autre bureau passé maître dans la rénovation de ces mini-maisons haut perchées, celui de Savioz-Fabrizzi qui a rénové/transformé des mayens au Biolley, à Mase, au Praz-de-Fort, à Anzère, Orsières ou à Albinen, une quinzaine parmi des milliers d’autres qui semblent attendre leur tour, posé sur leur pâturage.

 

L’exemple du mayen de la Giète

 

Thomas Jantscher

Mayen de la Giète

 

Dernièrement, Laurent Savioz a transformé un mayen familial à Giète, à ses fins propres. Un lieu de week-end, pour se changer les idées. L’option choisie tranche avec les rénovations habituelles, puisqu’il l’a complètement habillé de béton. Une hérésie ? « L’intervention dépend de la valeur historique et de l’esthétique de l’objet. Celui-ci n’en avait aucune », explique-t-il. Il en résulte un monolithe d’une brutalité minérale, où les ouvertures ont été maximisées, les fenêtres surdimensionnées. Quasi un Rubik’s cube.

 

« C’était un mayen à un seul niveau, auquel mon grand-père avait ajouté un étage de pierre en 1952 et qu’il partageait avec son frère », explique-t-il avant d’ajouter : « Quand les contraintes sont fortes, ce qui nous limite d’une certaine façon, on cherche également à proposer des interventions fortes. » D’où, dans le cas précis, des espaces très ouverts, rayonnants. Les dortoirs sont minimalistes, les rangements ingénieux ou à tout le moins pratiques, et les communs généreux – espaces du partage, de retrouvailles, de repos… Même vidés de ses occupants, chaque micro-habitat laisse entrevoir une histoire de vie.

 

D’autres projets sont actuellement à l’étude, mais, conséquence de la Lex Weber, le filon fonctionne au ralenti, car les communes sont actuellement en train de procéder à leurs inventaires patrimoniaux.

 

En attendant, promenez-vous dans les alpages, car anciennes ou contemporaines, ces « tiny houses » valaisannes témoignent d’une forme de décroissance architecturale. Quand on sait qu’un rapport des Nations Unies prévoit que, d’ici à 2050, 70% de la population mondiale vivra en ville, à n’en point douter, les micro-sas de décompression montagnards ont de beaux jours devant eux, au point de les imaginer en une nouvelle valeur refuge.

 

 



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