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Freitag, à la recherche du bonheur

28 Mai 2019

Avec ses nombreux fans à travers le monde, l’entreprise poursuit sur sa lancée et ne cesse de croître de manière durable. Aujourd’hui, Freitag est devenu adulte et symbolise la transformation de Zurich en métropole stylée et dynamique. 

 

Tout a commencé en 1993 à Zurich avec une bâche de camion sale et une vieille machine à coudre. On connaît l’histoire et on ne va pas la répéter ici. Vingt-cinq ans plus tard, cette entreprise hasardeuse s’est transformée en une PME dynamique de 200 collaborateurs qui commercialise plus de 4 millions de sacs en bâche recyclée, ainsi qu’environ 12 000 paires de pantalons biodégradables. Il y a cinq ans, la marque fondée par les frères Markus et Daniel Freitag a mis au point un nouveau matériau textile fabriqué à partir de fibres végétales de chanvre et lin. Sans utilisation abusive de produits chimiques, le F-ABRIC nécessite moins d’eau que le coton et garantit l’origine européenne des fibres et la traçabilité locale des différentes étapes. Il ne s’agit donc pas juste d’une collection de vêtements, mais d’une nouvelle matière première biodégradable et compostable, fruit d’une longue recherche menée par les deux frères.

Rencontre sur place avec Daniel Freitag, l’un des deux fondateurs du label éponyme.

 

©Lukas Wassmann

Portrait Daniel et Markus Freitag.

 

 

Pour sa première apparition à la Design Week de Milan, Freitag n’a montré aucun sac, mais a proposé une installation pour lancer un débat sur les valeurs du design. Pourquoi?

On parle beaucoup d’esthétique et comme disait Dieter Rahms « form follows function » (la forme suit la fonction), mais en regradant le monde actuel, il faut plutôt parler d’éthique. Raison pour laquelle nous avons installé un confessional, c’est ludique et décalé, mais nous voulions quand même mettre le visiteur dans une position désagréable, celle d’avouer ses péchés de consommation et de le faire réfléchir sur ce qu’il considère du bon design. Est-ce que j’achète un objet juste pour son look ou pour d’autres raisons ? l’idée était juste de démarrer une conversation, une réflexion autour de ces questions.

 

Et vous, quel est votre péché de consommateur ?

J’ai une voiture et ne me sens pas très bien avec ça. Je me pose mille questions, dois-je acheter une voiture électrique ou dois-je juste garder ma vieille voiture aussi longtemps que possible ?

 

Comment être cohérent avec ce discours, alors que vous êtes une marque qui vend des sacs ?

Je pense que nous avons été pionniers il y a 25 ans dans l’upcycling (recycler en améliorant le produit), aujourd’hui tout le monde le fait et c’est tant mieux. J’espère que des grandes marques aussi s’y mettent et le fassent vraiment, pas juste pour des raisons de marketing. Elles doivent prendre conscience que l’économie est circulaire. On achète un produit parce qu’il est fonctionnel et utile et qu’il nous plaît, bien sûr, mais à la fin il faut aussi se poser la question des raisons qui nous poussent à faire cet achat.

 

Vous parlez de culpabilité et de péché. Comment les gens qui visitent votre stand à la Design Week de Milan réagissent-ils à ce message ?

Il y a de tout, certains passent, d’autres restent et instaurent une discussion. Mais l’idée de péché est à prendre au second degré, c’est un clin d’œil à l’Italie, à son pape et à ses églises. Et ce n’est pas personnel, nous sommes tous coupables, mais c’est à chacun de se poser les bonnes questions.

Ici à Milan, on parle beaucoup d’expérience et on ne voulait pas montrer des sacs. Il peut donc arriver que quelqu’un ne nous connaisse pas en tant que marque de sacs. Mais le but était autre pour Freitag.

Quand on a commencé il y a 25 ans, on ne parlait pas encore de durabilité ou d’écologie. Encore moins de culpabilité. Nous avons juste pensé que c’était bien de réutiliser des matériaux destinés au rebut. Depuis nous sommes allés plus loin : nous cherchons une deuxième utilisation pour tout comme par exemple pour les cartons d’emballage; les bâches crasseuses sont lavées à l’eau de pluie collectée sur le toit de notre nouvelle usine et les déchets bio sont compostés.

« Nous pensons et nous agissons en circuits »: Markus Freitag rappelle la philosophie de l’entreprise. « Cela se retrouve dans tous les domaines de notre vie. Du compost de jardin à notre moyen de transport préféré, le vélo ».

 

Allez-vous continuer votre collection de vêtements compostables ?

Oui, nous avons mis au point un matériau et maintenant nous devons développer le système de distributiion, car vendre des vêtements dans des magasins de sacs n’est pas idéal.

 

Vous ne faites jamais de collaborations, pourquoi ?

Nous avons fait une petite collaboration avec Sennheiser pour un casque, car nous voulons travailler avec des labels dont nous épousons les valeurs et doit être à un certain niveau de qualité. Nous sommes d’ailleurs en discussion et sommes ouverts….

Nous sommes aussi dans une situation intermédiaire, nous demandons si nous sommes les designers qui doivent collaborer avec une grande marque ou nous sommes une grande marque et devrions collaborer avec une marque ou des designers plus jeunes…

En surtout, nous ne voulons pas juste faire une opération marketing, mais un vrai partenariat.

 

Freitag est très fort au Japon, comment expliquez-vous cet engouement ?

Le Japon est notre plus ancien marché en Asie et la Corée et la Chine suivent de près ce qui se passe à Tokyo. De plus, l’aspect de l’individualité y est très fort et c’est pour cela que les sacs Freitag qui sont uniques y ont tant de succès. La qualité suisse est aussi très appréciée au Japon et nos produits sont exotiques pour eux. Nous avons trois magasins là-bas, donc un bon système de distribution. Nous y avons aussi des fans qui nous suivent depuis des années et ne voient pas Freitag comme une marque de mode, mais s’identifient dans nos valeurs. C’est une communauté d’experts qui connaît tous les modèles dans les détails.

 

  • © Claudia Zalla

    L’installation de Georg Lendorff dans l’exposition « Unfluencer » à Ventura Centrale, lors de la dernière édition du Salon de Milan.

  • © Claudia Zalla

    L’installation de Georg Lendorff dans l’exposition « Unfluencer » à Ventura Centrale, lors de la dernière édition du Salon de Milan.

  • ©Oliver Nanzig

    Pantalons en tissu F-ABRIC compostable et biodégradable à 100% en phase de décomposition.

  • © Nadine Ottawa

    Collection masculine en tissu F-ABRIC, compostable et biodégradable.



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