Lifestyle

Et plouf dans le Léman !

08 Sep 2017

Lorsque la chaleur se fait caniculaire, c’est la cohue sur les plages du Léman.  Un engouement qui ne date pas d’hier mais qui a souvent été tari. La faute à la pollution et aux bonnes mœurs comme le raconte le Musée du Léman dans sa belle exposition Plouf !

 

Il faut remonter très loin dans le temps pour retrouver les premiers baigneurs du Léman. A la préhistoire sans doute…  Au Moyen âge c’est certain, comme l’atteste un retable de la cathédrale de Genève datant de 1444 ainsi que divers documents sur l’interdiction des bains lors des épidémies de peste au XVe siècle.

 

Se laver sur le Léman a pourtant toujours été assez inhabituel.  Autrefois  – du moins pendant les périodes pour lesquelles il existe des documents –  le lac ne semble jamais avoir été un lieu privilégié pour les ablutions. Les habitants de la région lui préféraient les rivières, les fontaines, les thermes pendant la période romaine, puis les étuves durant le Moyen-Age.  Notamment parce qu’avant l’urbanisation, le littoral était parsemé de roselières qui obstruaient l’accès au lac.

 

Ce dernier a cependant  joué un rôle important pour la propreté du linge, les lavandières s’installant sur ses rives.

 

© Collection Yale Center for British Art, Bridgeman Images

Le célèbre artiste Joseph Mallord William Turner a-t’ il réellement observé cette scène au Creux-de-Genthod où l’on voit des baigneurs nus? Ce tableau intitulé « Lake Geneva and Mont Blanc » a été peint entre 1802 et 1805

 

Dès la fin du XVIIe siècle, s’instaure en Europe un nouveau rapport à l’eau: les médecins prescrivent de l’eau de mer et de source à ingurgiter ou à aménager pour pouvoir s’y plonger. C’est ainsi que le tourisme des eaux autour du lac commence à Amphion où la source de la châtaigneraie aurait été décelée en 1640. Evian s’impose avec la découverte de la source Cachat en 1790, après avoir servi de base arrière pour les curistes d’Amphion. Sur la rive suisse, Rolle est vraisemblablement la première localité à attirer les curistes.

 

Mais si toutes ces stations exploitent des eaux de source, le lac lui sert avant tout de décor ou d’espace de loisirs. Le sport s’y développe. A Genève les bains Lullin, attestés depuis 1710, témoignent de la volonté de la population de savourer le contact avec la petite mer des Alpes et de s’y amuser. Entre aménagements de plages et constructions de piscines, le plaisir deviendra au fil des ans un élément de plus en plus déterminant dans la construction d’infrastructures. Et ce malgré le dégoût qu’inspire souvent l’eau sale du lac que certains rapports municipaux n’hésitent pas à comparer à du « jus de cadavre ».

 

Les premiers plongeoirs apparaissent probablement à la fin du 19e siècle. Marc Piccard, l’architecte qui conçu Bellerive Plage en 1937 y dessina ce plongeoir de 10 mètres.

 

Alors que les aménagements de baignade apparaissent, on ne badine pas avec la pudeur. Rien que pour le plaisir de lire les rapports des autorités à ce sujet, la visite de l’exposition vaut le détour…

 

Au cours du XXe siècle, les mœurs s’assouplissent, les règlements s’adaptent. La mixité s’impose progressivement.  Irréductibles,  les Bains de Pâquis conservent aujourd’hui encore une zone réservée aux femmes.  Quoiqu’il en soit, la mixité et les maillots réduits ne sont que des étapes dans la lutte pour la libéralisation de la baignade qui s’étale sur des décennies. C’est seulement en 1987 que les Genevoises obtiennent l’autorisation de bronzer seins nus sur les plages publiques.

 

Dans une scène du fil Vie privée de Louis Malle (1962), Brigitte Bardot se baigne dans le Léman en bikini.

 

Aujourd’hui, 121 lieux de baignade sont répertoriés autour du lac. Mais l’accès reste difficile.  60% du littoral n’est pas accessible à Genève et en Valais, 50% en Haute-Savoie, entre 8% et 68% dans le canton de Vaud selon les endroits.

 

Il existe pourtant des lois qui garantissent l’accès au lac. En France, le littoral prévoit « une servitude de 3,25 mètres, dite servitude de marchepied sur l’ensemble des rives ». Dans le canton de Vaud, une loi de 1926 stipule « qu’il doit être laissé, le long de la rive et sur une largeur de 2 mètres, un espace libre de tout construction ou autre obstacle à la circulation, pour le halage des barques et bateaux, le passage ou marchepied des bateliers et de leurs aides, soit pour tous autres besoins de la navigation ainsi que pour ceux de la pêche ». Désuète mais toujours en vigueur, cette loi est loin d’être respectée.

 

Exposition Plouf ! Quai Louis-Bonnard 8, 1260 Nyon, Jusqu’au 30 septembre 2018. www.museeduleman.ch

 

  • © Musée du Léman

    En 1920, baigneuse sur une nautilette (une sorte de bicyclette nautique)

  • © collection de la Bibliothèque de Genève

    Affiche de Viktor Rutz sur Vevey vers 1945

  • © collection du Musée d’art et d’histoire de Genève, inv. n°1971-0006

    Peinture de Felix Vallotton, Plage de Bellerive à Ouchy, 1898

  • © Jörg Brockmann

    Peinture de Ji Young Demol Park représentant la plage d’Excenevex en 2016. Il s’agit de l’unique plage de sable naturel du Léman, les autres rives étant couverte d’herbe, de béton, de galets ou de sable importé



TAGS :
Partager cet article