Design

Espaces du Design 2020

06 Oct 2020

Chaque année, comme un rituel, une tradition bien ancrée, notre sélection « Les Espaces du design » vous propose le meilleur de la production helvétique de l’année écoulée. C’est la 11e saison et force est de constater que le résultat est toujours aussi emballant.

 
 
Le design suisse existe bel et bien, il dispose de créateurs et d’éditeurs de tout premier plan même s’ils ne représentent peut-être pas les noms les plus ronflants du milieu. Certains designers confirmés sont des habitués de cette sélection et prouvent d’une édition à l’autre leur capacité à se renouveler. Des labels prennent le temps de construire leur histoire, ce qui paraît une bonne manière de s’inscrire dans la durée. Des éditeurs se réinventent pour ne pas trop prendre la poussière en s’appuyant sur quelques talents sortis d’écoles qui font partie du gratin européen.
 
 
Si cette dernière année a été souligné notamment par la pandémie et les manifestations pour le climat, on assiste à un repli sur quelques valeurs locales, nationales (mais pas nationalistes). Cette sélection dresse un portrait conforme aux soubresauts et autres préoccupations de notre époque.

 

1/Meilleur éditeur d’objets Fabriqué en Suisse

 

Exposition collective Hello Design, 2018, galerie OKRO.

 

Basé à Coire, Okro a réussi en quelques années à mettre sur orbite une collection d’objets et de meubles qui navigue entre édition limitée et production à l’unité de (très grande) qualité. Le label grison privilégie la recherche formelle et le travail de la matière pour des résultats «œuvres d’art» et s’impose comme le producteur de design le plus pointu de Suisse. Il compile les participations de certains des designers les plus créatifs du pays et d’autres talents passés par nos contrées. Avec pour volonté d’œuvrer à une «compréhension globale de la beauté et du bien» tout en s’engageant dans quelques projets de «protection des biens culturels». Découvrir la galerie d’Heinz Caflisch est une forme de pèlerinage auquel tout amateur de design devrait se plier un jour ou l’autre, afin de naviguer dans un environnement qui a tout du musée des plus belles curiosités du 21e siècle.

 

2/Meilleur système d’étagère à tout faire

 

Système d'étagère Wogg 70.

 

Wogg est un label qui produit peu mais qui prend soin de proposer des meubles bien pensés. Grâce à Matthieu girel, son catalogue profite d’un système d’étagère évolutif, dont le système constructif s’adapte à nos envies. D’un minimalisme désarmant, Wogg 70 propose différentes structures en tubes d’acier et une paire de plateaux réversibles à utiliser en fonction des besoins. Bibliothèque, présentoir, bar d’appoint ou étagère à tout faire, elle est une bonne manière de faire vivre un intérieur, d’en alterner les fonctions tout au long d’une journée ou de flouter les frontières entre privé et public tant la structure est passe-partout et se met au service de son utilisateur. 

 

3/Meilleur archipel de convivialité intérieure.

 

Famille Taba, Alfredo Häberli pour Moroso.

 

Taba est une famille de meubles composée d’un canapé, de deux fauteuils et de cinq ottomanes. Elle se distingue par des lignes organiques, asymétriques et aux rondeurs généreuses, assez éloignées au final de ce à quoi Alfredo Häberli nous a habitués. C’est que l’inspiration vient d’un ancien jeu de la campagne argentine qui utilise un os de vache. Un cousin éloigné de notre jeu des osselets qui venaient s’emboîter entre nos phalanges. Les différents éléments se combinent comme un Tangram, se colorisent au besoin, en créant un archipel d’îlots ou d’unités de convivialité, qui offrent une multitude de possibilités.

 

4/Meilleur jeune designer de l’année

 

Parabole lights Dimitri Baehler.

 

Diplômé de l’ECAL en 2010 – en design produit –, cofondateur du label La Vague deux ans plus tard, Dimitri Bähler fait partie du paysage du design helvétique depuis de nombreuses années. On l’a vu multiplier les projets en série limitée pour quelques enseignes qui comptent sur la place ou lors de gratifications à l’international où il a collecté les accessits comme des points Cumulus. S’il s’est fait remarquer grâce à la lampe Cho (éditée par Established & Sons), il intègre désormais les catalogues de Pfister avec une table qui n’est ni ronde ni rectangulaire et la patère Muuto mi ronde mi carrée. Si le chemin peut encore sembler long, le petit Poucet du design suisse est en train d’en devenir l’un des fers de lance « aussi vite que possible, mais aussi lentement que nécessaire».

 

5/Top 3 des tabourets en bois qui font honneur au design helvétique

 

Le tabouret en bois devrait un jour avoir son musée personnel, tant il inspire les designers. Icône des intérieurs de montagne, il ne cesse de se réinventer sous des aspects d’une éternelle simplicité. Ils sont trois à nous avoir conquis cette année: Jakob de Tomas Kral pour Søren Henrichsen qui, avec sa forme en Y inversé, fait tabouret et table d’appoint, et qui dégage une sorte d’aura nippone; Stabelle, celui du Studio Seitz qui offre une solidité à toute épreuve, conforme à ce que l’on attendait des « botte-cul » d’écurie ; et Mazel, dessiné par l’écalien Fabien Roy, élaboré à partir d’épicéas de la forêt du Risoux, et dont on apprécie les solides pieds à facettes.

 

6/Meilleur outillage domotico-écologique.

 


  • Système de régulation thermique Oblo, Atelier R2D2 et Luciano Dell’Orefice.


  • Mangeoire Pavillon.


  • Composteur WormUp HOME.


  • Plateforme d’apprentissage Beekee Box.


  • Diffuseur d’eau Olla, Wepot.

Dans ce panier, nous avons sélectionné Oblo, un système de régulation thermique conçu par l’Atelier R2D2 et le designer Luciano Dell’Orefice «qui réagit aux prévisions météorologiques pour les cinq jours suivants ainsi qu’aux tarifs d’électricité pour compenser la lenteur désavantageuse des systèmes de chauffage actuels».

 

On a beaucoup aimé également la Beekee Box, élaborée par des chercheurs de l’Université de Genève: un boîtier «permettant d’interagir sur une plateforme d’apprentissage sans Internet et sans dépendre du réseau électrique».

 

D’un autre côté, les projets en béton de Laure Gremion – un arrosoir, un nichoir, des serre-livres ou des jardinières se confrontent à la réalité de la matière et symbolisent une réflexion sur les enjeux planétaires, à une échelle locale.

 

Dans le même ordre d’idées, les jarres Olla irriguent naturellement les plantes via une technique ancestrale; et WormUp Home, des designers Luiz Schumacher et Erich Fässler, est un système de lombri-compostage en céramique qui permet de transformer les déchets organiques en engrais à l’odeur neutre

 

7/Meilleur système d’hybridation lumineuse

 

Lumpis Dogbone avec système d'éclairage Phasma.

 

Le phasme est un insecte qui adopte des principes d’homotypie ou d’homochromie pour survivre. Autrement dit, il change de forme et de couleur pour se fondre dans son environnement. La lampe Phasma, imaginée par le bureau zuricho-marseillais AATB (Andrea Anner & Thibault Brevet), en tire son nom car elle est presque invisible quand elle n’est pas utilisée. En revanche, elle devient insecte luminescent quand la nuit tombe, comme si elle redistribuait toute la luminosité accumulée. Surtout, elle se distingue par une large palette de formes quasi primitives permettant la création de structures simples ou complexes, en totale adaptation avec les besoins des lieux. Un bel exemple d’hybridation domotique!

 

8/Meilleur service pour Manger éthique et local

 

Casino Bern, Bistrot de table

 

Projet imaginé pour le Bistrobar du Casino de Berne, ce service vient pousser un peu plus loin le concept du terroir. Le bureau Crisp-id a développé une gamme de contenants compatibles avec les exigences de la haute gastronomie, et produite localement dans une manufacture de céramique située dans le Westerwald voisin. Composé de 13 pièces, le service complet comprend une collection de 6 éléments pour le déjeuner et une collection de 7 autres pour le soir. Celle du repas de midi se veut plus passe-partout dans ses lignes, tandis que le service du dîner se pare de vaguelettes qui font ressortir l’élégance de la couleur argile rouge et offrent un contraste saisissant entre la blancheur et la virginité intérieure et l’aspect relativement brut de décoffrage de l’extérieur.

 

9/Meilleure chaise de tous les jours

 

Chaise Polar, Moritz Schlatter pour Karimoku New Standard.

 

Au vu de ses productions, le Zurichois Moritz Schlatter valorise un design ergonomique, mais aussi ludique, fonctionnel, ET émotionnel (il serait bon qu’un éditeur s’intéresse à ses Wood Creatures). Comme les influences japonaises semblent indéniables dans ses réflexions et qu’il apprécie de jouer avec les formes pour leur conférer un supplément d’âme, sa chaise Polar s’intègre parfaitement dans la famille que propose la marque dirigée par David Glättli. Elle est en frêne massif, et on apprécie particulièrement son dossier qui vient soutenir juste comme il faut le bas du dos, avant de s’offrir une belle continuité esthétique jusqu’à l’assise qui en prolonge harmonieusement le dess(e)in.

 

10/Meilleur bureau de design lumineux

 

luminaires blimp collection

 

Le terrain de jeux du bureau Big-Game est sans limite, quel que soit le domaine abordé. Qui plus est, le trio prend un malin plaisir à compagnonner avec nombre d’éditeurs «émergents», peut-être considérés comme moins bankables vu de ce côté-ci de la planète design. Avec la série Blimp conçue pour la manufacture tchèque Bomma, les designers proposent d’énormes gouttes de cristal aux formes dodues, qui semblent avoir été gonflées par le souffle d’artisans verriers. La collection Probe, dessinée pour le fabricant coréen Ago, offre quant à elle des cônes plus discrets, déclinés en différentes configurations : sur rail, sur pied, murale ou suspendue, avec au choix un diffuseur de lumière ambiante ou un faisceau lumineux focalisé.

 



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