Deco

Entre vie sauvage et mémoire de l’art

02 Fév 2021

«Chercheur d’unique», le décorateur genevois Hervé Javet a réalisé de nombreux intérieurs luxueux et raffinés. Retour sur un appartement qu’il avait aménagé il y a quelques années. Un lieu envoûtant dans lequel la vie sauvage rencontre la mémoire de l’art.

 

 

En pénétrant dans l’appartement d’Hervé Javet, la surprise est totale. Les flammes hésitantes des bougies mettent en évidence la brillance des parois foncées. La spectaculaire console Cristalloïde d’Hervé Van Der Straeten en inox poli miroir fait éclater sa beauté. Une photo originale de David Lachapelle est suspendue. On sent que tout est à venir. 

 

 

© Didier Delmas. Parution EC2/2013

L'entrée.

 

Un couple d’adorants «Nat» de Birmanie, debout, les mains en signe d’adoration, nous accueille. Les dorures à incrustation de sulfures, un peu fanées, leur confèrent l’autorité de fervents en prière depuis le XVIIIe siècle. Ils sont là pour adouber un bienveillant bouddha.

 

Assise à leur pied, «Lili», une lionne naturalisée dont les yeux d’or troublent le visiteur. La belle, venue du Cirque Bouglione, s’admire dans un grand miroir d’angle. Elle n’est pas seule. «Onca», le jaguar noir, a gardé son patronyme. Un éclat de soleil glisse sur son pelage sombre et fait apparaître les taches sous la livrée noire. 

 

© Didier Delmas. Parution EC2/2013

Le jaguar (taxidermie Design & Nature) semble déambuler au pied des adorants issus du Royaume des Etats Shan.

 

Hervé Javet entouré de ses fauves.

 

Une impressionnante pierre lisse venue des lieux sacrés de l’Inde… Nommée Shiva Lingam, elle dispense son alchimie précieuse. Elle est d’une beauté saisissante et possède la douceur du satin.

 

De multiples splendeurs participent à l’atmosphère précieuse et rare sans contrevenir à l’harmonie des lieux. Des fauteuils de poulain noir traité façon croco et bordés de passementerie, des lampadaires de 1950 attribués à Isamu Noguchi, un meuble bas dessiné et créé par Hervé Javet pour faire valoir un plateau de laque où vibrent des reflets sombres…

 

© Didier Delmas. Parution EC2/2013

Le coin lecture avec une statuette de chien Doggy John de Julien Marinetti.

 

© Didier Delmas. Parution EC2/2013

Ambiance feutrée dans le salon. Au mur, l’œuvre de Vincent Dubourg, Rupture. Elle sert aussi d’étagère et fait écho à la table basse No Limit.

 

Les bouledogues de Marinetti, farceurs et drôles, semblent se désintéresser de ce décor d’exception… Mais poussons les portes.

 

Le bureau accueille une toile précise comme une photo et ce qu’il faut pour travailler. C’est ici que se conçoivent toutes sortes de magies. Les arbres du parc nous interpellent derrière les vitres. Mais il ne s’agit que d’une brève incursion dans la réalité.

 

© Didier Delmas. Parution EC2/2013

Dans le bureau habillé de papier peint chiffonné Elitis, une œuvre originale de l’artiste Maurice Tan Mo intitulée Lunch at he Rainbow Room.

 

Dans la chambre à coucher, Hervé Javet nous invite à l’opéra. A celui de Berlin précisément. Au-delà du miroir, une photo des loges occupe toute la paroi. On pense à Louis II de Bavière et aux murmures de la forêt surpris par Siegfried. L’immersion dans l’ailleurs est absolue.

 

De somptueux rideaux de velours rouge doublés de satin prune masquent les arbres du parc. Des objets très privés, photos, poèmes, racontent l’intimité. L’espace est confidentiel et théâtral.  Inondé de rouge et d’or, adouci par les peaux de bêtes qui couvrent le lit, il nous immerge dans un ailleurs où domine le rêve. 

 

© Didier Delmas. Parution EC2/2013

Dans la chambre, les chevets ont été dessinés par le décorateur.

 



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