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Les bonnes raisons de visiter Bruxelles

17 Août 2017

Si l’on se rend volontiers dans la capitale belge pour ses bières et son architecture hétérogène, l’art contemporain et le design font aussi partie de ses atouts incontournables. Sa floraison créative en fait une plaque tournante de la scène culturelle actuelle.

Moins spectaculaire que Paris, Rome ou Londres, mais pleine de charme et de trésors cachés, Bruxelles fait partie de ces destinations qui gagnent à être connues. La capitale de l’Art nouveau, de la bande dessinée, des collectionneurs et de l’Europe, réunit à elle seule plusieurs capitales. Ville-région constituée de 19 communes, elle puise sa richesse dans la pluralité qui la compose et dans son passé colonial qui en a fait une ville puissante au cœur de l’Europe. Sa grande période industrielle a également laissé un patrimoine important et la présence de l’Union européenne produit un impact économique significatif sur la ville.

 

Mais c’est du côté de la culture que le mouvement est le plus dynamique. Historiquement, la capitale belge regorge de collectionneurs, ce qui a drainé un grand nombre de galeries et d’artistes.

 

La crise ? Le marché de l’art ne semble pas en pâtir. Les exposants de la Brafa, (Brussels Art Fair) le confirment en annonçant de bonnes, voire d’excellentes ventes en ce début d’année. « Cette dynamique profite à tous », explique Amaryllis Jacobs, cofondatrice de la jeune galerie de design Maniera. « Bruxelles est la place idéale pour la création contemporaine, et pas uniquement pour les arts premiers ou l’art classique. De nombreuses galeries s’y installent car les collectionneurs belges se montrent très intéressés aux nouvelles expérimentations. »

 

Le récit ne serait pas complet sans évoquer Bruxelles et ses cafés. Les débits de boissons ont toujours été importants dans la vie sociale, et Bruxelles n’y fait pas exception. Outre les incontournables bières belges, on y mange aussi très bien. Conviviale, la capitale regorge d bistros, cafés, brasseries, estaminets en tous genres. Quelques bonnes raisons de plus d’y aller, même pour un week-end.

 

Un mélange de styles

 

Chaque période historique a marqué son passage dans la silhouette urbaine de Bruxelles. L’Art nouveau se juxtapose à la modernité, les édifices classiques côtoient des immeubles en verre. L’accumulation des constructions et reconstructions a fait de Bruxelles une ville hétérogène. La capitale belge a du reste donné son nom à l’urbanisation anarchique et incontrôlée. Le terme «bruxellisation » est dérivé du délire architectural subi par la ville dans les années 1960 et 70 qui a entraîné la disparition de son patrimoine au profit de constructions modernes (et médiocres) lors de la spéculation immobilière effrénée de cette époque, en particulier dans le quartier dit « de l’Europe » qui regroupe les institutions de l’Union européenne.

 

Aujourd’hui, la ville investit plutôt dans la réhabilitation de ses nombreuses friches industrielles. À quelques minutes du centre, l’ancien site Tour & Taxis témoigne de la puissance économique de la Belgique au XIXe siècle.Au terme de sa réaffectation, le site accueillera un nouveau quartier. À l’heure actuelle, les travaux traînent, mais une partie des entrepôts héberge des entreprises et de grands événements, dont l’une des plus prestigieuses foires d’art en Europe, la Brafa (Brussels Art Fair).

 

Capitale de l’Art nouveau, Bruxelles offre également de nombreux spots, comme l’incontournable maison de Victor Horta, pionnier du style avec l’architecte Henry Van de Velde.

 

Paul Louis. SOFAM parue dans Espaces contemporains n°1/2017

Le grand salon de la Maison de Victor Horta incarne l’apogée de l’Art nouveau belge. Le bâtiment historique qui abrite les espaces privés de l’architecte ainsi que son atelier a été rénové et une extension y accueille des expositions temporaires.

 

Une dynamique scène arty

 

Un cadre qui propose des loyers attractifs, une fiscalité avantageuse et des surfaces disponibles, tout participe au développement du foisonnement créatif. Le phénomène n’a pas échappé au quotidien américain The New York Times qui titrait « Bruxelles, le nouveau Berlin ». Cet essor passe surtout par des initiatives privées, plus que par une volonté politique raisonnée.

 

Outre des centres culturels dans des lieux industriels réaffectés, des nouveaux espaces d’art et des quartiers entiers de galeries, on découvre une pratique courante en Belgique: des maisons privées transformées en lieux d’art que le public peut visiter comme n’importe quel musée, grâce à des collectionneurs, belges et étrangers (français surtout), qui décident de partager leur passion avec le public.

 

C’est le cas de la Maison Particulière, espace d’art privé qui accueille des accrochages temporaires. Dans cet ancien hôtel de maître de 1880, le design, autre passion du couple de collectionneurs français, tient une place de choix. À l’Ampersand House, les propriétaires reçoivent les visiteurs sur rendez-vous pour commenter leur collection personnelle de mobilier du XXe siècle, pièces de design et objets d’art. La Villa Empain, joyau d’Art déco devenu centre d’art, présente elle aussi des expositions temporaires dans un cadre sublime.

 

Du côté des institutions

 

Côté institutions, Bruxelles s’est récemment dotée d’un nouveau musée de design, l’ADAM, à deux pas du célèbre Atomium, qui rassemble des centaines d’objets en plastique de 1960 à l’an 2000.

 

En marge de cette collection permanente exceptionnelle, brillamment scénographiée par les architectes belges Lhoas & Lhoas, le lieu abrite également des expositions temporaires. On note au passage, à l’entrée du bâtiment, l’intervention architecturale de Jean Nouvel qui interrompt la façade en miroir avec un escalier composé de jeux de lignes graphiques aux couleurs inversées.

 

À l’autre bout de la ville, au bord du canal, le centre d’art contemporain Wiels se niche dans l’un des rares bâtiments témoins de l’architecture industrielle moderniste de la ville. À l’intérieur, la salle des cuves de l’ancienne brasserie Wielemans-Ceuppens, aménagée par le même bureau Lhoas & Lhoas, réserve un accueil grandiose au visiteur et s’ouvre sur des propositions expérimentales.

 

 

Le Plasticarium, la collection permanente de design de l’ADAM (Art & Design Atomium Museum).

 

Du côté des galeries

 

Côté galeries, la française Valérie Bach a misé sur la capitale belge en investissant un monumental complexe architectural classé au patrimoine : La Patinoire Royale. Ce hangar de style néoclassique accueille des projets d’envergure internationale.

 

Après une extraordinaire exposition dédiée à l’art cinétique, une installation géante de l’artiste Joana Vasconcelos occupe le lieu. Quant à la galerie Spazio Nobile, nichée dans une belle maison des années 1920 du quartier branché d’Ixelles, elle travaille avec des designers de la jeune scène belge et internationale. Kaspar Hamacher, Nathalie Dewez, Xavier Lust et les Suisses Alfredo Häberli, Tomas Kral et Adrien Rovero y proposent des éditions limitées réalisées artisanalement.

 

À deux pas du célèbre Sablon (quartier des galeries), Materia fait figure de pionnière. Ouverte en 2014, elle a déjà été sélectionnée par The New York Times comme l’une des cinq plus importantes nouvelles galeries au monde. Amaryllis Jacobs et Kwinten Lavigne entraînent des artistes et architectes hors de leurs domaines en leur demandant de créer du mobilier en édition limitée. Plusieurs signatures réputées ont accepté le défi, dont l’architecte Bijoy Jain de Studio Mumbai qui a ainsi pu expérimenter une plus petite échelle. Actuellement à l’affiche, le duo d’architectes suisses Trix and Robert Haussmann y présente un nouveau projet.

 

© Filip Dujardin parue dans Espaces contemporains n°1/2017

Galerie Maniera, exposition des architectes De Vylder Vinck Taillieu & Studio Mumbai / Bijoy Jain.

 



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