Architecture

Sur les traces de Herzog & de Meuron à Bâle

09 Août 2017

Jacques Herzog et Pierre de Meuron font partie des architectes mondiaux. Mais s’ils construisent tout autour de la planète, ils parsèment aussi leur ville d’origine, Bâle, d’une multitude de réalisations.

 

Un jour, on pourra pénétrer dans l’office du tourisme de Bâle et demander un parcours architectural consacré aux réalisations érigées en la ville par le duo Herzog & de Meuron. Tous deux nés en 1950 dans la cité rhénane, ils ont fréquenté ensemble l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich après avoir compagnonné dès l’école enfantine. Inséparables, ils ont également été les assistants du professeur Dolf Schnebli avant d’ouvrir leur bureau en 1978.

 

Depuis, ils érigent des stades, des musées ou des tours d’habitation, chaque projet semblant abordé avec l’envie d’inventer un nouveau langage architectural. Si l’on osait, on parlerait de la marque H & de M comme d’une ligne de bâtiments capsules où le geste est important, mais la signature pas déterminante.

 

Et si, depuis la réalisation notamment du nid olympique de Pékin, il n’y a plus un péquin qui ne connaisse leur double patronyme, cette entreprise globale a largement su marquer son territoire local. A la manière d’un Oscar Niemeyer à Brasilia ou d’un Auguste Perret dans la ville du Havre. Après quelques maisons individuelles dans les faubours de Bâle, ils ont distillé quelques uns des plus importants édifices de la ville. Et ce n’est pas fini. A l’horizon 2015, la tour Roche, la plus haute du pays avec ses 154 mètres, devrait être achevée et permettre de rayonner loin à la ronde. En attendant, on vous propose une balade de la ville en dix bâtiments. Certains sont incontournables, d’autres un peu moins connus.

 

  • Messe, Basel, Herzog & De Meuron. Photo © MCH Group

    L’élément central du bâtiment du parc d’exposition de Bâle est assurément celui du City lounge, un espace public couvert, comparable à une halle de marché ou à un hall de gare, dont la finalité est de dynamiser la Place de la Foire. Avec sa forme hélicoïdal d’entonnoir ou de trou noir inversé, il offre une vertigineuse mise en abîme de l’espace urbain.

  • Messe, Basel, Herzog & De Meuron. Photo © MCH Group

    Si le bâtiment de la Messe Basel est imposant, il est aussi intéressant tant pour ses fonctionnalités intérieures qu’extérieures. Tandis que l’espace se déploie sur trois niveaux, chaque halle déborde de façon irrégulière sur la voie publique. La première est constituée de vitrages de grandes dimensions, afin d’obtenir une transparence de l’espace et une dynamisation de la vie publique. Les deux étages supplémentaires sont décalés l’un par rapport à l’autre et permettent ainsi une différenciation claire des niveaux, malgré l’opacité formée par les lamelles de métal qui s’entremêlent sur les façades.

  • Messe, Basel, Herzog & De Meuron. Photo © MCH Group

    Par ailleurs “la différenciation architectonique y est renforcée par la torsion des surfaces de façades qui doivent obligatoirement respecter l’éclairage naturel des immeubles adjacents”. Année d’inauguration : 2013. www.mch-group.com

  • Volkshaus, Herzog & De Meuron. Photo © Adriano Biondo

    Volkshaus, la brasserie des années 20. C’est le projet qu’on attendait. Non pas une architecture grandiloquente de l’ordre de la signature globale telle qu’ils en ont l’habitude, mais quelque chose de plus discret, local en somme. C’est chose faite avec la rénovation de cette brasserie emblématique de ce qu’on appelle le Petit-Bâle, dont il s’agissait avant tout de respecter l’esprit des lieux et d’en retrouver l’architecture originelle.

  • Volkshaus, Herzog & De Meuron. Photo © Adriano Biondo

    De la rénovation du Volkshaus par Herzog & De Meuron résulte une salle lumineuse, un bar habillé pour la nuit, un jardin résolument années folles et des toilettes qui vous font plonger dans l’histoire du lieu et de la ville. Une bonne manière de découvrir l’une des faces cachées de ces architectes, tout en permettant une halte bienvenue dans un périple qui nous aura mené aux quatre coins de la cité rhénane. Année d’inauguration : 2012. www.volkshaus-basel.ch

  • Residenz Süd Park, Herzog & De Meuron

    Niché à l’approche de la gare centrale de Bâle, le complexe Südpark est un complexe multifonctionnel comprenant des boutiques au rez, quatre étages de bureau au-dessus et une centaine d’appartements pour personnes âgées (Ainsi qu’un EMS) dans les neuf restants.

  • Residenz Süd Park, Herzog & De Meuron

    Son originalité réside avant tout dans sa façade argentée, construite sur sa face sud comme un Tetris géant dont les fenêtres n’ont jamais (ou si peu) les mêmes dimensions. Ce qui rend le bâtiment d’autant plus intrigant, car bien qu’il semble ouvert à tous les regards, il est quasi impossible de savoir comment s’articule les différents niveaux de l’édifice. L’espace recèle également une cour intérieure aux allures de jardin zen, mais celui-ci est réservé aux résidents des derniers étages. Année d’inauguration : 2012. www.residenz-suedpark.ch

  • Museum der Kulturen, Herzog & De Meuron

    Considéré comme l’un des plus grands musées ethnographiques d’Europe, le Museum der Kulturen de Bâle a subi deux ans de rénovation et autres travaux d’agrandissement. Surtout, il a bénéficié d’une surélévation inédite, provoquante, mais se fondant finalement parfaitement dans le maillage des toits environnants. Au-dessus d’une façade aux moulures historiques, ils ont imaginé un toit aux plis irréguliers qui n’est pas sans rappeler les sculptures architecturales de Frank O. Gehry. Année d’inauguration : 2011. www.mkb.ch

  • Vitra Haus, Herzog & De Meuron. Photo © Vitra

    Un détour par l’Allemagne, direction Weil am Rhein, pour découvrir l’un des joyaux des architectes bâlois, déjà une référence en la matière si l’on en croit les nombreuses déclinaisons de par le monde. Sur le campus de l’entreprise Vitra, et aux côtés de nombreux lauréats du prix Pritzker (Zaha Hadid, Tadao Ando, Alvaro Siza, Renzo Piano ou l’agence SANAA), ils ont imaginé la maison de maître. Rien que ça.

  • Vitra Haus, Herzog & De Meuron. Photo © Vitra

    Constituée de douze maisons-barres empilées les unes sur les autres et dont la forme reprend la typicité de la maison à pignon, la VitraHaus est la véritable marque du lieu. Une façade qui a valeur de vitrine, puisqu’on y trouve du reste la boutique de l’éditeur et le sas permettant désormais d’accéder au VitraCampus. Ce qu’on peut appeler aussi un coup de maître.

  • Vitra Haus, Herzog & De Meuron. Photo © Vitra

    Vitra Haus. Année d’inauguration : 2010. www.vitra.com

  • Porte d'Alsace, Herzog & De Meuron. Photo © Basel Tourismus

    Construction de cinq étages, la Porte d’Alsace (Elsässertor), inaugurée en 2004, est nichée tout à côté de la gare centrale sur le site d’une ancienne voie ferrée désaffectée. Cet immeuble de bureaux, siège de CFF Cargo, dont la forme est celle d’un pentagone fait près de 140 mètres de long. Les façades transparentes permettent de refléter les bâtiments historiques voisins tout en se parant des couleurs bâloises, rouge côté est, bleu côté ouest. De nuit, le bâtiment s’éclaire de l’intérieur tel un cristal luminescent. L’aménagement paysager fait clairement référence à la typologie vernaculaire de la voie ferrée et du paysage à l’abandon, laissant libre cours à ces plantes colonisatrices quels que soient le terrain ou les travaux menés de main d’homme.

  • Schaulager, Herzog & De Meuron. Photo © Heinrich Helfenstein

    Le Schaulager, basé à Münchenstein, est l’une des pièces phares du couple bâlois. Il est un bunker d’allure terreuse, à la forme pentagonale et qui brille par son absence de fenêtres (hors une bande vitrée et la porte d’entrée), un effet qui renforce le caractère intrigant de l’édifice. Avec sa petite guérite préfigurant l’énorme monolithe qui s’avance derrière elle, le bâtiment qui abrite la collection de la Fondation Emanuel Hoffmann ne ment pas.

  • Intérieur Schaulager, Herzog & De Meuron. Photo © Heinrich Helfenstein

    Le Schaulager est avant tout un entrepôt offrant des conditions d’espace et climatiques optimales aux œuvres d’art stockées et mises à disposition des professionnels. Le public, lui, peut visiter une partie du volumineux espace, deux fois par an, à l’occasion d’expositions souvent incontournables. Année d’inauguration : 2003. www.schaulager.org

  • Rehab, Herzog & De Meuron

    Alors qu’ils ont depuis œuvré pour Novartis ou Roche, Herzog & de Meuron ont procédé, en 2002, à l’édification de REHAB, un centre pour paraplégiques et traumatisés craniocérébraux. Privilégiant le bois, les végétaux et, comme souvent, une forme de transparence dans l’agencement des façades, l’espace se définit sur deux niveaux, de telle manière que n’importe quel habitant puisse s’y déplacer en toute mobilité. Les traitements médicaux au rez, les chambres des patients au second. Au centre, une place verte comme la redéfinition d’un espace urbain, mais ici en version sécurisée et ouatée, et tout autour des liaisons et des environnements permettant aux patient d’avoir la plus grande autonomie possible. Année d’inauguration: 2002. www.rehab.ch

  • St. Jakob Park, Herzog & De Meuron. Photo © Basel United AG

    Aujourd’hui, dès lors qu’il s’agit de construire un nouveau stade, on peut être sûr que leurs noms font partie de la short list. (Le nid, pour les Jeux Olympiques de Pékin, l’Allianz Arena, Munich, et le futur stade Bordeaux-Atlantique). Le Parc St-Jacques, siège du FC Bâle, est l’archétype même de ces nouvelles enceintes intégrant autant la dimension sportive que sociale ou commerciale d’un produit et dont la structure ne fait que souligner la puissance financière de l’objet. Du reste, depuis son inauguration, le club résident domine le championnat national. Petit détail colorométrique, l’enceinte lumineuse se pare de rouge et de bleu, les couleurs du club, les soirs de match. Année d’inauguration : 2001. www.st-jakob-park.com et www.fcb.ch

  • Signal Box, Herzog & De Meuron

    En 1994, ils avaient signé une cabine d’aiguillage pour les CFF, un bâtiment acclamé internationalement. Ils ont récidivé en 1999, avec le centre d’opérations ferroviaires, plus communément surnommé “la Tour de cuivre”. Venez en train et c’est le premier édifice signé Jacques Herzog et Pierre de Meuron que vous pourrez découvrir depuis la fenêtre de votre compartiment. Il ressemble à une immense cage de Faraday (dont il épouse les propriétés en repoussant les assauts de la foudre), un édifice de béton drapé de bandes de cuivre veillant sur l’ensemble du contrôle ferroviaire du nord-ouest de la Suisse. C’est notamment suite à l’édification de ce bâtiment qu’ils ont reçu le prix Pritzer, considéré comme le Nobel de l’architecture, en 2001.

  • Extérieur, Cartoon Museum, Bâle, Herzog & De Meuron

    Le Caricature and Cartoon Museum est un vénérable bâtiment posé en surplomb du Rhin. Il a les apparences gothiques d’une discrète maison de notable toute entière dévolue au monde de l’illustration, mais pas que. Avec ses galeries en enfilade, son jeu d’escaliers et ses parois de verre qui alternent avec les pierres apparentes, c’est là une des interventions les moins connues des deux architectes. il faut pénétrer par l’ancienne maison, où l’on tombe immédiatement sur leur première intervention à travers l’accueil qui fait aussi office de boutique et de librairie.

  • Intérieur, Cartoon Museum, Bâle, Herzog & De Meuron

    Le nouveau bâtiment du Cartoon Museum se découvre au fil des expositions, puisqu’il se trouve dans la continuité de la visite, ayant été ajouté sur l’espace de la cour intérieure. On peut parler là d’une œuvre de jeunesse, loin des gestes architecturaux qui sont les leurs aujourd’hui, mais qui témoigne néanmoins de leur intérêt précoce pour la culture et la préservation de son patrimoine. Année d’inauguration : 1996. www.cartoonmuseum.ch



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