Galerie Dansk Møbelkunst. Photo © Corine Stübi

Design

Design Miami Basel 2016.

Une édition placée sous le signe du XXe.

L'événement en images dans notre galerie photo en bas de page.

L’intérêt des collectionneurs pour le design du XXe et contemporain est toujours aussi grand comme en témoigne le nombre de points rouges qui ornaient déjà les stands de Design Miami Basel lors du preview.

Mais cette année, la prudence semble être de mise, en effet nombreuses sont les galeries qui sont revenues avec parfois exactement les mêmes objets. Ici une table « Kangourou » de Mathieu Matégot, là un ensemble d’assises Pierre Jeanneret, plus loin un bureau Hans J. Wegner qui pourrait bien en être à sa troisième édition, ainsi que des chaises « Zig Zag » de Gerrit T. Rietveld. Il paraît que la pratique est déconseillée chez le grand frère, Art Basel, et pour le coup on comprend pourquoi.

Attention, la foire est belle, aucun doute là-dessus, mais ces copié-collés des années précédentes sont un signe quelque peu inquiétant de la santé du marché. En période de crise et d’instabilité il vaudrait mieux que cela reste discret.

Pour autant, la majorité des galeries ont joué le jeu.
Ainsi la galerie Nilufar fait suite à son exposition du printemps et se concentre sur les productions des plus grands designers brésiliens, Joaquim Tenreiro, Martin Eisler, Sergio Rodrigues ou encore Jorge Zalszupin. Le contenu du stand provient d’ailleurs en grande partie de l’exposition.

Nilufar. Photo © Corine Stübi

Alors que les acteurs du buzz, Pascal Cuisinier et Jousse entreprise restent ici plus parcimonieux, l’américain Demisch Danant surfe sur la vague Pierre Paulin qui s’est emparée de Paris cette année et présente une exposition personnelle du designer français. Point de « Mushroom » ici, mais de l’exclusif, à l’image de la table cathédrale de 1981.

Pascal Cuisinier signe par ailleurs une des plus belles scénographies de la foire. Son stand marie la tendance tropicale du moment avec le design français entre 1955 et 1960.

Du côté des galeries de design contemporain, où le renouvellement peine aussi, et c’est plus étonnant, à se faire sentir, La galerie bruxelloise Victor Hunt tire son épingle du jeu et présente le travail artisanal du coréen Kwangho Lee, dont le studio fête ses 10 ans. Ce sont ici des séries de pièces uniques en métaux précieux émaillés ou laqués. Une belle découverte!

Victor Hunt. Photo © James Harris

On adore aussi la sélection postmoderne de Erastudio Apartment, qui dévoile le canapé et le fauteuil « Flying Carpet » d’Ettore Sottsass. Un modèle qui anticipait de presque 10 ans le mouvement Memphis, c’est donc sans surprise que l’on apprend son échec commercial lors de sa sortie en 1974. Finalement une bonne nouvelle pour les collectionneurs car le modèle est par conséquent très rare.  

Alors que l’ont peut déplorer l’absence des galeries libanaises qui avaient fait sensation l’année passée ou de piliers de la foire tels que Priveekollektie ou Seomi, tous actifs dans le contemporain, des nouveaux venus se sont fait remarquer, ma foi pour le design du siècle passé.

Alain Marcelpoil est loin d’être un débutant sur le marché, véritable expert d’André Sornay, il défend et valorise l’œuvre du décorateur lyonnais depuis plus de vingt ans. Pour ses débuts à Bâle, la promesse est tenue, le stand regorge de magnifiques pièces Art Déco au cloutage si caractéristique, il n’en oublie pas pour autant le mobilier à tigettes des années 50, peut-être plus connu du grand public aujourd’hui grâce à la mode du vintage.

Fraichement débarquée, la galerie Gate 5 de Monaco, fondée il y a à peine un an, se mesure déjà aux plus grands avec des productions rarissimes de Gio Ponti, dont certaines dénichées aux Etats-Unis.

Dans le cadre de Design Curio, la plateforme expérimentale de Design Miami, le studio Formafantasma propose la luxueuse collection « Delta » en édition limitée pour Giustini / Stagetti Galleria O. Roma. La série de luminaire produite en collaboration avec la fonderie artistique Battaglia s’inspire d'artefacts historiques, ici de la Rome antique, une démarche courante de Formafantasma.

À noter également une présence accrue de la joaillerie et de l’horlogerie, où les collaborations avec designers et artistes se multiplient, à l’instar de la collection de bijoux d’Ai Weiwei pour Elisabetta Cipriani. Une grande première pour l’artiste chinois.

Rebar, Ai Weiwei. Elisabetta Cipriani. Photo © James Harris

Au rez-de-chaussée, le design devient architectural pour Design at large. Le commissariat de l’exposition a été confié cette année à Martina Mondadori, fondatrice et rédactrice en chef du magazine Cabana. La curatrice explique son concept comme une percée de la nature et du paysage dans l’architecture de la halle de Herzog & De Meuron. Une ambiance estivale pénètre l’exposition avec des structures légères de type pavillonnaire comme le « Armadillo Tea Pavillon » de Ron Arad pour Revolution Precrafted ou la « Veranda » de Dimorestudio offrant un décor luxuriant et décadent digne des années 20. Tente post-apocalyptique et mobilier survivor de luxe pour Kiki van Eijk ou encore école mobile de Jean Prouvé complètent le portrait nomade et outdoor très tendance de Design at large.

Bien que plutôt conservatrice, cette édition réserve néanmoins de belles découvertes et la rencontre avec des classiques de ce calibre reste toujours aussi excitante. On ne boude donc pas notre plaisir!

Design Miami Basel, Halle 1, du 14 au 19 juin. 

Design / 15 Jun 2016

Texte: Corine Stübi

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