L'agence et résidence de David Chipperfield est située à Berlin. Elle offre un aperçu de son style mais aussi de sa façon originale d’aborder l’architecture. Né à Londres en 1953, il est diplômé de l’Architectural Association en 1977. Il travaille dans les agences de Norman Foster et de Richard Rogers avant de créer sa propre agence à Londres en 1984. Il serait sans doute inexact de qualifier le travail de David Chipperfield de minimaliste, malgré son apparente simplicité formelle. « Je pense que nous recherchons une certaine qualité anonyme », dit-il. « J’ai un rejet des bâtiments qui semblent vous dire à chaque instant que l’architecte est habile… Je recherche à la fois ce qui est ordinaire et ce qui sort de l’ordinaire. J’aime beaucoup être sur le fil du rasoir entre l’ordinaire et l’extraordinaire, ce qui est très difficile à réaliser. » Encore plus à propos, David Chipperfield affirme : « Je cherche à faire des bâtiments qui ont une intégrité propre. » 

Rendu célèbre par la rénovation du Neues Museum à Berlin (1997- 2009), il est par ailleurs l’auteur du River and Rowing Museum à Henley-on-Thames et du Turner Contemporary à Margate, les deux en Angleterre, mais aussi du Musée de la littérature moderne à Marbach am Neckar et du Museum Folkwang à Essen, ceux-ci en Allemagne, du bâtiment pour la Coupe de l’America « Veles e Vents » à Valence en Espagne, et du Musée de Liangzhu en Chine. 

Bien que conservant son agence à Londres, David Chipperfield est également très souvent présent à Berlin où il a édifié une maison pour lui-même et son épouse et surtout une agence spacieuse à la Joachimstrasse, sur le site d’une ancienne usine de pianos, non loin de la Hackesche Höfe, dans une rue relativement quelconque qui a subi en partie les dégâts de la guerre avant d’être reconstruite à la va-vite. Quatre volumes en béton ont été ajoutés à un bâtiment en brique qui datait d’avant la guerre. Deux blocs cubiques de hauteurs différentes sont placés au milieu du terrain afin de reconstituer une composition typique des cours intérieures d’avant-guerre. L’un des blocs, de deux étages, sert de cantine pour l’équipe et se trouve relié au bâtiment ancien en sous-sol. L’autre bloc, de quatre étages, offre des espaces de réunion et jouxte la structure en brique. Côté rue, une façade austère en béton reprend les alignements de la rue et abrite la résidence de l’architecte. « Quand vous regardez la façade, dit David Chipperfield, vous voyez que nous avons mis trois niveaux plutôt que quatre comme dans les structures avoisinantes, et 6 fenêtres au lieu de 32. Nous nous intégrons néanmoins dans le contexte environnant. » Réfléchissant à son approche, il ajoute : « À l’école on a toujours appris que pour être contextuel il fallait aligner les fenêtres, mais je ne trouve pas que cela soit tout à fait juste. Ce bâtiment est parfaitement contextuel mais ne s’aligne qu’en partie sur son environnement architectural. » D’une superficie totale de 1800 m2 , les murs extérieurs de ce petit campus sont en béton isolant. Les intérieurs sont également en béton avec des sols en terrazzo. Les portes, certains murs légers internes et d’autres installations sont en bois, par contraste.

La rénovation du Neues Museum, décriée par certains au départ, est maintenant reconnue comme étant exemplaire de l’insertion de la modernité dans un bâtiment ancien. À la Joachimstrasse, reprenant seulement certains alignements, ainsi que la disposition traditionnelle des cours internes berlinoises, Chipperfield affirme sa propre vision de l’architecture contemporaine, située comme il le dit à la limite de l’ordinaire et l’exceptionnel.

Architecture / 13 Décembre 2016

Texte: Philip Jodidio

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